La question que la journaliste a posée à Hilal du Makhzen n'était pas seulement politique, c'était aussi une question test pour la logique institutionnelle. Et la réponse a été un effondrement total de cette logique. L'esquive de la réponse et le recours à la diversion vers l'Algérie reflètent une reconnaissance implicite que le conflit n'est pas un différend interne comme le prétend le récit officiel, mais un dossier international ouvert entre deux parties principales, l'une étant le Maroc et l'autre le Front Polisario, soutenu politiquement et diplomatiquement par l'Algérie, comme les Nations Unies elles-mêmes le reconnaissent.
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Si le Sahara Occidental est marocain, pourquoi le Maroc quémande-t-il sa reconnaissance… et lui accorde-t-il une autonomie ?
Mohamed Kandil – Blogueur, activiste des droits de l’homme et politique marocain indépendant.
Lors d’une interview récente avec la chaîne BBC dans le programme « Sans Restrictions », plus précisément à la quinzième minute de l’émission, une question a été posée au représentant du régime marocain, l’ambassadeur permanent auprès des Nations Unies, Omar Hilal. Cette question ne nécessitait pas beaucoup d’efforts de la part des experts en droit international ou en relations internationales pour comprendre sa profondeur : Si le Sahara est marocain, pourquoi lui proposez-vous l’autonomie ?
Cette question, par sa simplicité et sa clarté, a été comme un projecteur braqué sur un mur fragile, construit pendant des décennies sur des slogans nationalistes, mais qui est fondamentalement branlant et ne résiste pas à la première épreuve de logique. Pourtant, le plus significatif n’était pas la question elle-même, mais la réponse apportée par Hilal. Il s’est écarté du sujet principal et s’est mis à parler de bon voisinage avec l’Algérie { et des progrès du Maghreb } et du retour { des personnes déplacées }, des phrases évasives qui ne répondent à rien, mais qui révèlent un embarras indéniable.
La réponse de Hilal n’était pas un lapsus, mais le résultat naturel d’un discours officiel contradictoire dans son essence. Un État qui considère qu’une partie de son territoire est { marocaine sans discussion } ne lui propose pas l’autonomie, ne cherche pas de reconnaissance internationale, et ne déploie pas des efforts acharnés pour convaincre le monde de sa position. Le principe en relations internationales est simple… Un territoire qui relève de votre souveraineté ne nécessite pas de médiation internationale, et on ne lui propose pas un système politique spécial. La France n’accorde pas l’autonomie à la Bretagne, l’Espagne ne propose pas l’autonomie au Pays Basque, et la Chine n’offre pas de formules négociées aux Ouïghours… Seul le régime marocain se trouve obligé de soumettre une initiative d’autonomie aux Nations Unies, puis s’étonne que le monde ne le croie pas sur parole !?
L’embarras manifesté par le diplomate marocain face à la caméra n’est pas un cas isolé, mais le reflet de toute une structure de discours politique officiel qui n’est pas bâti sur des faits, mais sur des tentatives continues d’imposer un récit unique à l’intérieur, puis de le vendre à l’extérieur par des moyens de pression, des alliances et des marchandages. Malgré tout cela, ce discours reste incapable de fournir une seule réponse cohérente à une question évidente : Pourquoi un État aurait-il besoin d’une autonomie pour une partie de son territoire si la souveraineté est acquise ??
Pourquoi la diplomatie marocaine mendie-t-elle la reconnaissance d’une souveraineté prétendue si cette souveraineté est { historique et incontestable } comme le répète les médias officiels ??
En science politique, la souveraineté est un concept central reposant sur trois éléments : la reconnaissance, le contrôle et la légitimité.
Le Maroc ne possède aucun de ces éléments de manière complète au Sahara occidental : pas de reconnaissance internationale universelle, pas de contrôle complet et durable, pas de légitimité politique reconnue par les Nations Unies, qui classent toujours le territoire comme une terre n’ayant pas encore décidé de son sort dans la liste des territoires à décoloniser. C’est pourquoi le diplomate marocain se trouve obligé de tergiverser chaque fois qu’un journaliste professionnel le confronte avec une question directe.
La question que la journaliste a posée à Hilal du Makhzen n’était pas seulement politique, c’était aussi une question test pour la logique institutionnelle. Et la réponse a été un effondrement total de cette logique. L’esquive de la réponse et le recours à la diversion vers l’Algérie reflètent une reconnaissance implicite que le conflit n’est pas un différend interne comme le prétend le récit officiel, mais un dossier international ouvert entre deux parties principales, l’une étant le Maroc et l’autre le Front Polisario, soutenu politiquement et diplomatiquement par l’Algérie, comme les Nations Unies elles-mêmes le reconnaissent.
Une autre question s’impose avec force : Si le Sahara est vraiment marocain, pourquoi le régime craint-il la simple formulation de la question à l’intérieur du Maroc ? Et pourquoi poursuit-il, emprisonne-t-il et persécute-t-il quiconque discute de ce dossier en dehors du cadre de propagande officiel ??
Un État sûr de sa souveraineté n’a pas peur du débat, ne criminalise pas l’opinion dissidente et n’inonde pas ses médias de slogans nationalistes au lieu d’arguments politiques… Mais le régime marocain, parce qu’il manque d’un fondement juridique solide, compense par la répression interne et la mendicité diplomatique à l’extérieur.
Ce qui s’est passé lors de l’interview de la BBC devrait être enseigné dans les facultés de science politique comme un exemple vivant de la façon dont la faiblesse du discours officiel est révélée face à des questions simples. Au moment où le masque de la propagande tombe, la vérité apparaît… L’affaire n’est pas ce que le Makhzen décrit, mais un conflit international complexe que la diplomatie marocaine tente de contenir avec des slogans, tandis que le monde le gère avec le langage des résolutions onusiennes et du droit international.
Une seule question a révélé la fragilité de tout un édifice ; une seule réponse embarrassée a montré que le récit établi n’est pas le fruit de la force, mais celui d’un besoin politique urgent de cacher une réalité différente. Et quand un régime a besoin de « vendre » sa souveraineté au lieu de l’exercer, c’est une preuve suffisante que cette souveraineté n’est pas une évidence, mais une revendication politique qui n’est pas encore réalisée, malgré des décennies de déni.
Ce qui s’est passé dans cette interview n’est pas seulement un fait médiatique, mais un véritable moment politique qui a montré, au monde entier, que le discours du Makhzen sur le Sahara occidental s’effondre à la première confrontation sérieuse, et que la vérité, { quelle que soit la tentative du régime pour la cacher }, reste plus forte que le slogan, et plus claire que toute duplicité linguistique qui tente d’enrober une réalité qu’on ne peut plus continuer à nier. »
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