Tags : Sahara Occidental, Front Polisario, Maroc, ressources naturelles, pillage, Engie, Acciona, Siemens Energy,
Cinquante ans après la « Marche verte » de 1975, le Sahara occidental reste une colonie non décolonisée, occupée en grande partie par le Maroc, qui en exploite massivement les ressources naturelles avec le soutien tacite de ses alliés.
L’article de Middle East Eye retrace le parcours de Minatu Ljatat, réfugiée sahraouie ayant participé en 2020 à une manifestation pacifique à Guerguerat, surnommée le « couloir du pillage » car il constitue la seule voie par laquelle le Maroc exporte les produits issus du territoire occupé. La répression de cette action a marqué la fin du cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario, en place depuis 1991.
Depuis lors, le royaume chérifien a intensifié son emprise économique sur le territoire, notamment grâce à la coopération d’entreprises étrangères — françaises, espagnoles, israéliennes et américaines — qui participent à l’exploitation des phosphates, de la pêche et désormais des énergies renouvelables.
Des groupes comme Engie, Acciona ou Siemens Energy sont accusés de « verdir » (greenwashing) la colonisation marocaine, en investissant dans des projets éoliens et de dessalement présentés comme durables mais construits sur des terres occupées, au profit d’agriculteurs marocains déplacés vers la région. Ces initiatives, censées renforcer la « résilience climatique », aggravent selon les ONG la démographie coloniale et la spoliation des ressources.
Malgré plusieurs arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) confirmant que le Sahara occidental est distinct du Maroc et que les Sahraouis doivent être consultés sur tout accord commercial, Bruxelles continue de signer des traités incluant les territoires occupés, sous couvert de « consentement implicite ».
Les militants sahraouis dénoncent une hypocrisie européenne, d’autant que les produits provenant du Sahara occidental sont étiquetés sous des appellations marocaines telles que « Dakhla-Oued Eddahab », contrairement à la rigueur imposée pour les produits issus des territoires palestiniens occupés.
Sur le plan politique, la situation reste bloquée. Le plan d’autonomie marocain de 2007, soutenu par la France, l’Espagne et désormais les États-Unis, est rejeté par le Front Polisario et l’Algérie, qui y voient une tentative de légitimation de l’occupation.
Le référendum d’autodétermination, promis depuis 1991 sous l’égide de l’ONU, n’a jamais eu lieu.
Face à cette impasse, les Sahraouis multiplient les actions diplomatiques et judiciaires et certains appellent même à la reprise de la lutte armée.
Des initiatives citoyennes, inspirées du mouvement BDS contre l’occupation israélienne, cherchent à boycotter les produits issus du Sahara occidental et à sensibiliser les consommateurs européens à cette exploitation illégale.
Pour beaucoup de Sahraouis, comme Minatu Ljatat, le désespoir se mêle à l’espoir :
« Nous sommes tristes pour cette réalité qui n’est jamais venue, mais nous gardons foi en un Sahara occidental libre. »

