Le collectif GenZ 212, qui revendique plus de 180 000 membres sur Discord, insiste pourtant sur le caractère pacifique de sa mobilisation et rejette «toute forme de violence, d'émeute ou de destruction». Le Makhzen, de son côté, tente de détourner l'attention à travers des campagnes de propagande diffusées par certains médias et sur les réseaux sociaux, désignant l'éternel «ennemi extérieur» pour expliquer la contestation.
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Le peuple marocain maintient la pression contre le régime du Makhzen. Des membres de la communauté marocaine à l’étranger se sont également rassemblés devant les ambassades du Maroc à Paris et Amsterdam pour dénoncer la répression des manifestations.
La révolte populaire menée par la jeunesse marocaine contre le régime du Makhzen ne cesse de s’intensifier. Pour le huitième jour consécutif, des manifestations d’envergure ont eu lieu dans de nombreuses villes du royaume et dans plusieurs capitales étrangères. Des centaines de milliers de jeunes Marocains, excédés par le mal-vivre et l’exclusion sociale imposés par la caste régnante, ont déferlé dans les rues pour exprimer leur colère.
Visiblement dépassées par l’ampleur du mouvement, les autorités peinent à répondre aux revendications portées par les manifestants qui exigent une vie digne, un meilleur accès à la santé et à l’éducation, domaines dont sont largement exclues les classes moyennes et modestes. Le Palais royal, enfermé dans un silence jugé méprisant, demeure jusqu’ici aux abonnés absents.
Le collectif GenZ 212 a annoncé, samedi soir, de nouveaux rassemblements au huitième jour de la mobilisation pour réclamer de meilleurs services publics et le départ du gouvernement. Le mouvement, dont les fondateurs demeurent inconnus, a appelé via la plateforme Discord à manifester dans quatorze villes, de 18 h à 21 h, un appel largement relayé sur les réseaux sociaux et suivi sur le terrain.
Le même jour, des membres de la communauté marocaine à l’étranger se sont rassemblés devant les ambassades du Maroc à Paris et Amsterdam pour dénoncer la répression des manifestations et exprimer leur solidarité avec le collectif à l’origine du mouvement. Les protestataires ont scandé le slogan «Dignité et liberté pour le peuple», exigeant des comptes de la part des responsables marocains.
Ces deux rassemblements ont été précédés d’un sit-in organisé vendredi à Bruxelles, où le collectif Jeunes – Bruxelles a condamné «la répression et les violences policières injustifiées», tout en rappelant que les revendications initiales portaient sur l’accès aux soins, à l’éducation et la lutte contre la corruption.
La soirée de vendredi a également été marquée par une mobilisation massive dans plusieurs villes du royaume, où la population a exigé le départ du gouvernement. Alors que le chef du gouvernement s’est dit prêt au dialogue, les manifestants ont, eux, réclamé sa démission pure et simple.
Ces manifestations sociales, inédites par leur spontanéité, se poursuivent depuis le 27 septembre à l’initiative du collectif GenZ 212. Le mouvement a pris racine à la suite du drame survenu à l’hôpital public d’Agadir, où huit femmes enceintes sont mortes lors de césariennes faute de prise en charge adéquate.
Ce drame a cristallisé la colère d’une population excédée par les défaillances d’un système de santé à bout de souffle, symbole d’un malaise social plus profond. Dans la nuit de mercredi à jeudi, des violences ont éclaté dans plusieurs localités. Trois personnes ont été tuées par la gendarmerie à Lqliaâ, près d’Agadir, dans des circonstances controversées. Les autorités ont évoqué une «légitime défense», affirmant que les victimes tentaient de prendre d’assaut une brigade pour s’emparer d’armes, une version jugée manipulatrice par de nombreux observateurs, qui y voient une tentative de discréditer le mouvement.
Le collectif GenZ 212, qui revendique plus de 180 000 membres sur Discord, insiste pourtant sur le caractère pacifique de sa mobilisation et rejette «toute forme de violence, d’émeute ou de destruction». Le Makhzen, de son côté, tente de détourner l’attention à travers des campagnes de propagande diffusées par certains médias et sur les réseaux sociaux, désignant l’éternel «ennemi extérieur» pour expliquer la contestation.
Ces manoeuvres semblent toutefois inefficaces face à la vigilance et à la maturité politique de la rue marocaine. La position adoptée par la majorité des médias nationaux face à ce soulèvement est largement critiquée. Perçue comme une trahison morale de leur mission, leur attitude de silence ou de déni est jugée complice du pouvoir.
En désignant de supposées «mains étrangères» derrière le mouvement, la presse officielle s’éloigne des préoccupations du peuple. Malgré ces tentatives de manipulation, la mobilisation continue de s’étendre, révélant une jeunesse marocaine déterminée à réclamer justice, dignité et réformes profondes.
