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​La Lutte de l’Algérie et le soutien vital de l’Égypte

Publié le : 1er octobre 2025

Par : Laila Mamdouh / Rédactrice contributive pour Arab America

​Au milieu du XXe siècle, l’Égypte se retrouva sous les feux des projecteurs de la politique internationale, non seulement grâce à son jeune leader, Gamal Abdel Nasser, mais aussi parce qu’elle se positionna comme la voix de ceux qui luttaient contre la domination coloniale.

La popularité de Nasser ne provenait pas seulement de son charisme, mais principalement du soutien concret que son gouvernement apporta aux mouvements de libération à travers le monde arabe.

Pour l’Algérie en particulier, l’Égypte offrit une aide indispensable, bien que toujours secondaire par rapport à la force centrale de la détermination algérienne elle-même.

Les actions de l’Égypte pendant la guerre d’indépendance de l’Algérie nous rappellent que la solidarité entre les peuples voisins peut changer le cours de l’histoire.

​Le fardeau de l’Algérie sous la domination coloniale

​Pour comprendre l’importance du rôle de l’Égypte, il faut d’abord reconnaître le poids écrasant de la domination française en Algérie.

La France envahit le pays en 1830 et, au fil du temps, transforma l’Algérie en quelque chose d’unique dans son empire : une colonie de peuplement traitée comme une extension de la France elle-même.

Au XXe siècle, plus d’un million de colons européens en Algérie revendiquaient tous les droits, possédaient les terres fertiles et contrôlaient une grande partie de l’économie.

Pendant ce temps, les autorités françaises repoussaient la majorité algérienne indigène aux marges, les privaient d’opportunités économiques et réprimaient leur culture. Les Algériens subissaient quotidiennement des discriminations et des humiliations, grandes et petites.

​Ce déséquilibre ne pouvait pas durer éternellement. En 1954, le Front de Libération Nationale (FLN) lança une révolte armée et commença une lutte longue et sanglante. L’armée française riposta avec une force écrasante : elle détruisit des villages, déplaça des familles et fit de la torture une routine.

Les combattants algériens, bien que déterminés, luttaient sans armes, sans formation et sans reconnaissance internationale.

Dans ce moment de désespoir, l’Égypte leur tendit la main, mais seulement parce que les Algériens eux-mêmes avaient déjà choisi la voie du sacrifice et de la résistance.

​L’engagement de l’Égypte dans la lutte algérienne

​L’engagement de l’Égypte envers l’Algérie eut un prix. En 1956, la France, la Grande-Bretagne et Israël lancèrent l’Agression Tripartite pour punir l’Égypte d’avoir nationalisé le canal de Suez et d’avoir aidé des mouvements anticoloniaux tels que le FLN.

Les villes égyptiennes subirent des bombardements et leur souveraineté fut directement menacée. Pourtant, même face à l’invasion, l’Égypte ne se retira pas de sa position. Au lieu de cela, elle continua de fournir des armes, de la formation et un espace politique aux dirigeants algériens, prouvant sa solidarité inébranlable.

Comme le souligne Matthew Connelly dans A Diplomatic Revolution, la décision de l’Égypte de continuer à soutenir l’Algérie malgré l’Agression Tripartite a souligné jusqu’où elle était prête à aller pour défendre une cause commune.

L’Égypte sous Nasser devint une bouée de sauvetage pour les Algériens. Le Caire ouvrit ses portes aux leaders du FLN, qui s’organisèrent, planifièrent et s’adressèrent au monde depuis cette base.

La radio d’État égyptienne diffusait les voix algériennes, et les gens ordinaires de toute la région entendaient directement ceux qui étaient en pleine lutte. Ces émissions mirent la révolution algérienne en lumière, la transformant d’un conflit local en une cause reconnue par les peuples à travers les continents.

​Mais le soutien de l’Égypte ne se limitait pas aux paroles. Des universitaires tels que Matthew Connelly, dans A Diplomatic Revolution, soulignent comment l’Égypte fournit des armes et de la formation aux combattants algériens.

Des routes de contrebande à travers la Libye et la Tunisie furent maintenues avec l’aide égyptienne, donnant au FLN accès à des fournitures dont il avait cruellement besoin.

Malika Rahal, dans l’Oxford Research Encyclopedia of African History, note à quel point ce flux de ressources fut critique pour maintenir le combat. Sans lui, le FLN aurait eu du mal à maintenir sa résistance contre l’une des armées les plus puissantes du monde.

​Au-delà de la politique : Un sens des responsabilités

​Ce qui distingue le rôle de l’Égypte, ce n’est pas seulement l’aide logistique, mais l’esprit qui l’animait. Nasser et son gouvernement ont présenté le combat de l’Algérie non pas comme un conflit lointain, mais comme une responsabilité partagée. La libération de l’Algérie était présentée comme inséparable de la dignité du monde arabe. Cette manière de voir les choses était cruciale : elle montrait que s’entraider n’était pas de la charité, mais un devoir.

​Des témoignages de l’époque soulignent ce sentiment de connexion. Des leaders du FLN, comme Ahmed Ben Bella et Hocine Aït Ahmed, qui ont séjourné au Caire au milieu des années 1950, ont décrit plus tard l’accueil chaleureux que leur réservaient les officiels égyptiens et les citoyens ordinaires, qui traitaient leur cause comme une lutte commune.

Des rapports contemporains montrent des Égyptiens dans les cafés et aux coins des rues du Caire suivre les développements en Algérie comme s’ils se déroulaient juste à côté.

L’historien Jeffrey James Byrne, dans Mecca of Revolution (La Mecque de la Révolution), souligne comment cette atmosphère d’engagement populaire a propulsé la révolution et a diffusé son élan bien au-delà des frontières algériennes.

​L’indépendance de l’Algérie et l’enseignement qu’elle nous laisse

​Après des années de sacrifice et de guerre brutale, l’Algérie a finalement déclaré son indépendance en 1962. Ce fut une victoire née de la résilience algérienne, mais elle fut soutenue et amplifiée par l’aide d’alliés comme l’Égypte. Ce partenariat a démontré quelque chose de crucial : que la solidarité entre les peuples soumis à la pression peut créer des résultats concrets, même face à des obstacles écrasants.

​Le rôle de l’Égypte dans l’indépendance de l’Algérie n’était pas une quête de gloire pour un leader ou une nation. Il s’agissait de reconnaître un combat partagé et d’assumer la responsabilité d’agir lorsque d’autres sont dans le besoin. Ce sens du devoir mutuel, où les luttes de l’un deviennent les luttes de tous, demeure la leçon la plus durable.

​Regarder vers l’avenir : La pertinence de la solidarité aujourd’hui

​En réfléchissant à cette histoire, la question n’est pas de savoir si Nasser était une figure puissante, mais si les États d’aujourd’hui sont prêts à suivre l’exemple en étendant la solidarité dans les moments de nécessité.

Les puissances coloniales cherchaient à diviser la région, à tracer des lignes et à souligner les différences afin de maintenir les peuples faibles et dépendants. L’expérience algérienne, et le rôle de l’Égypte dans celle-ci, montre comment ces divisions peuvent être surmontées.

​Si nous voulons des sociétés plus fortes et plus résilientes aujourd’hui, la réponse réside dans la coopération plutôt que la compétition. Lorsque les gouvernements travaillent ensemble, partageant des ressources, offrant un soutien et amplifiant leurs voix mutuelles, les citoyens ordinaires commencent à ressentir ce même sens de responsabilité partagée. Avec le temps, cette unité intériorisée devient le fondement de la force et de la stabilité.

​Une réflexion finale

​L’histoire nous rappelle que nous ne pouvons pas attendre que d’autres résolvent nos défis. L’Algérie, connue comme le pays du million de martyrs, n’aurait pas pu gagner l’indépendance sans son propre courage et ses sacrifices. C’est cette farouche détermination locale qui a attiré le soutien de l’Égypte et rendu la solidarité possible.

Le mérite revient d’abord et avant tout aux Algériens eux-mêmes, mais l’assistance qu’ils ont inspirée de l’Égypte fut vitale pour soutenir leur lutte. C’est cela l’équilibre : la détermination locale associée au soutien régional.

Si nous retenons cette leçon, nous honorons non seulement la liberté de l’Algérie, mais aussi le principe selon lequel nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Et ensemble, cela suffit.

Source: Arab America

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