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Dans un document daté du 1er juillet 2006, le président Bouteflika a décrit le roi Mohamed VI comme «pas ouvert» et «sans expérience».
Les documents de Wikileaks, divulgués vendredi par les journaux français «Le Monde» et espagnol «El Pais», évoquent les relations algéro-marocaines et les divergences entre les deux pays sur le conflit du Sahara occidental. Dans un document daté du 1er juillet 2006, le président Bouteflika a décrié le roi Mohamed VI comme «pas ouvert» et «sans expérience».
Pour Bouteflika, aucun dialogue n’est possible entre lui et le roi du Maroc. Selon des mémos diplomatiques américains, le président Bouteflika a accusé le roi du Maroc, Mohamed VI, d’être une marionnette entre les mains des Français qui l’instrumentalisent pour régler leurs comptes avec l’Algérie.
Texte intégral du câble américain
L’ALGÉRIE ADOPTE LA LIGNE DU SAHARA OCCIDENTAL AVEC LE SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT WELCH
Classifié par : L’Ambassadeur Robert S. Ford ; raisons 1.4 (b) et (d).
RÉSUMÉ : Lors de réunions les 26 et 27 février avec le Sous-secrétaire d’État pour les Affaires du Proche-Orient (NEA), C. David Welch, le président Abdelaziz Bouteflika et le Premier ministre Abdelaziz Belkhadem ont réitéré leur position habituelle sur l’autodétermination du Sahara occidental, ainsi que sur la nécessité de trouver une issue qui permettrait à l’Algérie de « sauver la face ». Bouteflika a affirmé que les relations avec le Maroc étaient « fraternelles » et que le Sahara occidental était le seul obstacle entre eux. Selon lui, les États-Unis, n’ayant pas de passé colonial dans la région comme la France, étaient idéalement placés pour servir d’arbitre informel dans la résolution du conflit. Bien qu’il ait dit comprendre que le Maroc se sente menacé par la perspective de l’indépendance du Sahara occidental, Bouteflika a déclaré que le Maroc n’avait qu’à s’en prendre à lui-même pour la situation actuelle, car il avait agi de manière « maladroite ». Avec une approche plus « élégante », a-t-il dit, le Maroc aurait pu encourager un résultat de type « Porto Rico », où les Sahraouis auraient choisi volontiers de rester partie intégrante du Maroc sous une certaine forme.
Welch a souligné aux responsables algériens que les États-Unis recherchaient une approche pratique capable de faire progresser les négociations actuelles, et que la proposition d’autonomie marocaine offrait une telle possibilité. FIN DU RÉSUMÉ.
L’AMOUR POUR LE PLAN BAKER A LA VIE DURE
En réponse à l’affirmation du Sous-secrétaire d’État Welch selon laquelle le plan marocain servait à débloquer une situation figée en l’absence de toute alternative, Bouteflika a soutenu que le plan de l’ancien secrétaire d’État James Baker constituait une telle alternative. Il a dit au Sous-secrétaire Welch que si une autre option était nécessaire, « l’autodétermination est cette alternative » et que le Plan Baker devait être discuté.
Welch a répondu que le Plan Baker était caduc parce que, lui aussi, n’avait pas réussi à générer de progrès. Selon Bouteflika, Baker a échoué parce qu’on ne lui a pas laissé sa chance, et il a blâmé les États-Unis de « ne pas prendre au sérieux leurs responsabilités au Conseil de sécurité de l’ONU ».
Bouteflika a affirmé que le plan marocain offrait moins d’autonomie au Sahara occidental qu’une province algérienne n’en jouit actuellement (référence du câble). Il a concédé que l’Algérie avait de l’influence au Sahara occidental, mais a juré qu’il ne l’utiliserait pas pour violer ce qu’il considère comme le droit international.
LA « MALADRESSE » MAROCAINE EST À BLÂMER
Le Premier ministre Abdelaziz Belkhadem a déclaré au Sous-secrétaire d’État Welch le 26 février que la stabilité du Maroc était dans l’intérêt de l’Algérie et que tenter de « transformer un problème anticolonial » n’était pas la bonne voie à suivre et risquait de déstabiliser la région. Bouteflika, quant à lui, a dit comprendre que le Maroc se sente menacé par la perspective de l’indépendance pour le Sahara occidental, mais a souligné que les Marocains n’avaient qu’à s’en prendre à eux-mêmes pour la détermination actuelle des Sahraouis.
Bouteflika a expliqué que le Maroc aurait pu facilement utiliser une approche plus « élégante » pour produire une indépendance du Sahara occidental qui aurait pu être contrôlée ou supervisée. Au lieu de cela, a-t-il dit, « ils veulent un Anschluss comme Saddam Hussein avec le Koweït ».
Bouteflika a dit qu’il aurait facilement pu imaginer un résultat où le Sahara occidental aurait choisi de rester une partie du Maroc après avoir constaté les bénéfices de la domination marocaine, de la même manière que « Porto Rico a choisi de rester une partie des États-Unis ». Selon Bouteflika, le Maroc doit offrir quelque chose au Polisario, car « on ne peut pas demander des concessions à des gens qui n’ont rien en poche ». S’il n’y avait pas eu l’approche « maladroite » du Maroc, Bouteflika a déclaré « ils auraient pu obtenir ce qu’ils voulaient ».
SUR LA FRANCE ET LES ÉTATS-UNIS
Accablée par son histoire coloniale au Maghreb, la France est incapable de jouer un rôle constructif dans la résolution du conflit du Sahara occidental, selon Bouteflika. La France « n’a jamais vraiment accepté l’indépendance de l’Algérie », a déclaré Bouteflika, qui a affirmé que la France essayait de régler des comptes avec l’Algérie en s’ingérant dans le Sahara occidental en soutenant le Maroc.
En revanche, Bouteflika a dit que les États-Unis étaient un contrepoids idéal pour équilibrer le Maroc, car aucune des parties impliquées n’avait de différend avec les États-Unis. Bouteflika s’est plaint que les États-Unis traitent l’Algérie comme « une seconde classe » par rapport au traitement préférentiel qu’ils accordent à la Tunisie et au Maroc. Il a dit que les États-Unis devraient mieux comprendre l’Algérie, car « vous avez aussi payé un prix pour votre indépendance ».
Belkhadem a fait part au Sous-secrétaire d’État Welch de l’admiration de l’Algérie pour les positions des États-Unis sur l’indépendance du Timor oriental et du Kosovo. «Pourquoi n’avez-vous pas les mêmes vues sur le Sahara occidental ? » a demandé Belkhadem, « cela nous laisse nous demander ce que veulent nos amis américains ». Avec les deux responsables algériens, Welch a souligné que les États-Unis recherchaient des approches pratiques qui feraient avancer les négociations sur le Sahara occidental.
La proposition marocaine, a-t-il noté, offrait une possibilité. Il a exhorté les Algériens à réfléchir à ce qu’ils pouvaient faire pour aider les négociations actuelles à faire des progrès concrets.
COMMENTAIRE : LA NÉCESSITÉ DE SAUVER LA FACE
Bouteflika a répété à plusieurs reprises au Sous-secrétaire d’État Welch la nécessité pour l’Algérie de se sortir du conflit du Sahara occidental d’une manière qui lui permette de « sauver la face ».
Il a réitéré que l’Algérie « n’a aucune revendication » en jeu et a évoqué l’avenir des relations positives avec le Maroc, car « un jour, il faudra dépasser cela ». Lors d’une réunion le 27 février avec le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, le Sous-secrétaire d’État Welch a invité la délégation algérienne à se rendre à Washington immédiatement après le prochain cycle de négociations à Manhasset, pour poursuivre les discussions.
* (U) Ce câble n’a pas été approuvé par le Sous-secrétaire d’État Welch.

