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La corruption et l’espionnage ébranlent le régime du Makhzen 

La fuite d’informations sur un haut responsable du renseignement marocain révèle l’utilisation présumée du logiciel espion Pegasus et soulève des questions sur la corruption au sein du régime du Makhzen. Ainsi, une fuite d’informations a récemment ébranlé les services de renseignement marocains, révélant des données sensibles qui semblent corroborer l’utilisation du logiciel espion israélien Pegasus par le régime marocain. Ces révélations proviennent de documents piratés, mis en ligne par un groupe nommé « Jabaroot » sur la plateforme Telegram. L’affaire a été largement couverte par le journaliste espagnol Ignacio Cembrero dans une enquête publiée par le journal El Confidencial.

Le cerveau derrière l’espionnage

Les documents piratés ciblent Mohamed Raji, décrit comme la deuxième personnalité la plus puissante au sein de la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST), l’agence de contre-espionnage et de police secrète du Maroc. Raji, dont la carrière dans le renseignement s’étend sur plus de 30 ans, est présenté comme l’architecte du programme d’espionnage téléphonique du pays, incluant le déploiement généralisé de Pegasus. Bien que le directeur officiel de la DGST soit Abdellatif Hammouchi, des sources affirment que Raji bénéficie d’une influence considérable et aurait même reçu des ordres directement du roi Mohammed VI, contournant la hiérarchie officielle.

Les fuites de « Jabaroot » incluent des informations personnelles de Raji, telles que sa carte d’identité, son salaire mensuel et ses coordonnées bancaires. Elles exposent également l’acquisition présumée de biens immobiliers dans des zones industrielles de Béni Mellal pour un montant de 30 millions de dirhams (environ 3 millions d’euros), soulevant des interrogations sur l’origine de sa fortune. D’autres documents suggèrent que Raji aurait perçu des commissions pour l’achat de matériel d’espionnage auprès de sociétés basées en Europe.

Espionnage, corruption et trahisons internes

Selon le journal El Confidencial, les documents piratés de Raji indiquent qu’il aurait mis en place un système de corruption en collaboration avec des partenaires français, notamment un certain Rachid Hassani. Ce réseau aurait utilisé des sociétés écrans pour percevoir des commissions sur l’achat de technologies d’espionnage en provenance de Hongrie, de Chypre et du Luxembourg. Les fuites prétendent également que des « portes dérobées » (backdoors) auraient été intentionnellement laissées dans ces systèmes, permettant de voler des informations pour les vendre à des services de renseignement étrangers au Moyen-Orient et en Europe.

Cette situation explosive a également révélé un conflit interne. Un « tiers » aurait exploité ces vulnérabilités pour obtenir gratuitement des copies des informations interceptées. Ces données ne se limitent pas à l’espionnage de figures d’opposition ou de personnalités étrangères telles que le président français Emmanuel Macron et l’ex-président du Conseil européen Charles Michel. Elles montrent également que l’espionnage interne a visé des membres de l’armée marocaine, des ministres (dont l’ancien ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit), le Premier ministre Aziz Akhannouch et même la famille royale elle-même.

Silence officiel et rébellion interne

Après les révélations, le silence des autorités marocaines et de la presse locale a été notable, contrastant avec la réaction publique de 2021, lorsque la fuite des premières données de « Jabarout » avait été rejetée comme une « opération de désinformation » orchestrée par des « hackers algériens ». L’authenticité des documents a depuis été confirmée.

L’article d’Ignacio Cembrero suggère que cette fuite pourrait être un « coup de poignard au cœur de l’appareil de sécurité marocain », perçu comme le premier d’une longue série. Selon des sources, la fuite pourrait être le résultat d’une rébellion interne au sein des services de renseignement, déclenchée par des agents insatisfaits. La DGST a reconnu dans un communiqué qu’entre 2022 et mi-2023, 38 agents avaient fait défection, et que plus de 160 d’entre eux avaient profité de séjours à l’étranger pour ne pas revenir, révélant une crise au sein des services secrets marocains.

Les révélations de « Jabaroot » ne s’arrêtent pas là. En avril, le groupe avait divulgué une base de données de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, incluant les données de deux millions d’employés. En juin, des documents notariés d’achats immobiliers luxueux par le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et le chef des services de renseignement extérieurs, Yassine Mansouri, avaient également été publiés. L’Association des notaires du Maroc a officiellement informé le ministère public de la fuite, conférant une légitimité à ces documents.

Ces fuites à répétition soulèvent de vives préoccupations au sein de l’opinion publique marocaine, non seulement concernant la sécurité des données personnelles, mais aussi sur l’étendue de la corruption et du népotisme au plus haut niveau de l’État. Elles exposent un système où des fonctionnaires haut placés sont accusés d’acquérir des biens immobiliers et des terres par des moyens frauduleux. Les documents révèlent également une surveillance généralisée des journalistes, des politiciens et des citoyens, soulignant les pratiques autoritaires du régime.

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