Larbi Belkheir a insisté sur le fait que son rôle d’ambassadeur était de faire avancer la relation avec le Maroc, non de se concentrer sur le Sahara Occidental.
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LE POINT DE VUE DE L’AMBASSADEUR ALGÉRIEN BELKHEIR SUR LE SAHARA OCCIDENTAL ET LES RELATIONS AVEC LE MAROC
Classifié par : Ambassadeur Thomas T. Riley pour les raisons 1.4 (b) et (d)
(C) Résumé : L’ambassadeur a reçu l’ambassadeur d’Algérie, Larbi Belkheir, pour un thé informel et une discussion sur le Sahara Occidental et les relations algéro-marocaines l’après-midi du 16 février. Belkheir venait de rentrer d’Alger la veille. Étaient également présents le numéro deux de l’ambassade d’Algérie, Ginad Boumedienne, le directeur du bureau NEA/MAG William Jordan, le DCM et le conseiller politique. Belkheir a réitéré la position de longue date de l’Algérie sur le conflit du Sahara Occidental, soulignant qu’une solution nécessitait des négociations directes entre le Maroc et le Polisario. Il était sceptique quant à la capacité du plan marocain d’autonomie à satisfaire la demande d’autodétermination du Polisario, et donc à servir de base aux négociations. Le retrait de la MINURSO serait une erreur, selon Belkheir, car cela mettrait les belligérants face à face sans tampon. Il a précisé avoir rencontré le roi Mohammed VI « il y a quinze jours », et que les deux parties avaient réaffirmé que le Maroc et l’Algérie devaient progresser dans leurs relations bilatérales tout en mettant de côté la question du Sahara. Belkheir a insisté sur le fait que son rôle d’ambassadeur était de faire avancer la relation bilatérale, non de se concentrer sur le Sahara. L’Algérie est pleinement engagée à améliorer cette relation, et les choses pourraient avancer plus sereinement s’il y avait moins de bruit et « plus de calme ». Belkheir a défendu les achats d’armes algériens, insistant sur le fait qu’ils étaient strictement à des fins défensives, « même si l’Algérie n’a pas d’ennemis ». Fin du résumé.
(C) Suite à une invitation à déjeuner en novembre dernier (réf A), restée sans réponse jusqu’à présent, l’ambassadeur a invité Belkheir à la Villa America le 16 février pour un dialogue informel sur le Sahara Occidental et les relations algéro-marocaines, en l’honneur de la visite de William Jordan. Belkheir venait juste de rentrer d’Alger. En entamant la conversation d’une heure, l’ambassadeur a mentionné que le roi Mohammed avait confié à Rumsfeld, lors de leur rencontre du 13 février à Ifrane (réf B), qu’il avait rencontré Belkheir récemment, et que sa nomination comme ambassadeur était un signe positif. (Commentaire : l’ambassadeur n’a pas rapporté la totalité de l’échange : Rumsfeld avait dit que la nomination de Belkheir prouvait que Bouteflika envoyait un conseiller de confiance, ce à quoi le roi avait répondu qu’il fallait parfois se méfier lorsque les choses paraissaient trop belles. Fin du commentaire)
Belkheir a dit que la rencontre s’était bien déroulée, et que tous deux avaient réaffirmé leur volonté commune d’améliorer les relations bilatérales sans laisser la question du Sahara les entraver.
(C) Jordan a précisé que les États-Unis attendaient le plan d’autonomie marocain et encourageaient Rabat à élargir ses idées pour proposer une offre crédible au peuple sahraoui. Selon lui, un plan d’autonomie sérieux pouvait servir de base à des négociations impliquant aussi bien le Maroc, le Polisario, que l’Algérie. Les États-Unis avaient publiquement demandé au Maroc de négocier avec le Polisario. Jordan a ajouté qu’il poursuivrait sa visite à Alger et à Tindouf, où il rencontrerait la direction du Polisario. Il les inciterait à considérer sérieusement le plan d’autonomie et à accepter d’entrer en contact sans conditions préalables.
(C) Belkheir s’est montré sceptique quant à la capacité du plan d’autonomie marocain à garantir une autodétermination sahraouie suffisante, et donc à séduire le Polisario. Il a déclaré que le Plan Baker était intelligent, et qu’il était dommage qu’un autre Américain ne l’ait pas remplacé. Néanmoins, l’Algérie soutiendrait toute solution convenue entre le Maroc et le Polisario. L’Algérie a une position ancienne et bien connue sur le Sahara Occidental : c’est une question de décolonisation, et elle ne peut pas renier son engagement en faveur de l’autodétermination. Au final, une solution est possible : toutes les parties souhaitent une résolution bénéfique pour le Maghreb, une solution juste sans vainqueur ni vaincu.
(C) À propos du Polisario, Belkheir a souligné qu’il n’était pas au Maroc pour se concentrer sur le Sahara Occidental. Son mandat concerne la relation bilatérale. Il a été bien accueilli depuis son arrivée fin 2005, mais il est temps de concrétiser les relations. L’Algérie reste engagée et voit de grandes possibilités. « Nous pouvons aller très loin avec le Maroc », a-t-il déclaré. Il a répété que la question du Sahara ne constituerait jamais un casus belli.
Sur la réouverture des frontières, Belkheir a réaffirmé que des questions techniques restaient à résoudre. Il n’était pas utile d’ouvrir la frontière pour la refermer plus tard ; il faut des garanties. (Commentaire : c’est peut-être un bon exemple de l’entêtement des deux parties. Depuis Rabat, on pense que l’Algérie garde cette « carte » pour plus tard. Fin du commentaire). Jordan a déploré l’absence de progrès depuis plus d’un an, soulignant que la réouverture serait le signe le plus tangible d’un rapprochement réel.
(C) Le DCM a demandé la vision algérienne sur la MINURSO. Belkheir a estimé que son retrait serait déstabilisant. La disparition du tampon entre les forces marocaines et le Polisario pourrait être dangereuse. Le DCM a noté que le Polisario ne pourrait survivre sans le soutien algérien tacite, étant basé sur le territoire algérien. Belkheir a répondu que le GOA décourageait toute violence, mais que le Polisario n’était pas limité au territoire algérien ; ses forces s’étendaient jusqu’au mur, dans les zones hors contrôle marocain.
(C) Concernant les achats d’armes récents, Belkheir a déclaré qu’ils relevaient uniquement de la défense. Il a évoqué une modernisation technique de l’équipement obsolète. L’Algérie ne critiquait pas les achats du Maroc ; chaque pays est souverain en matière de sécurité. À la question de savoir qui sont les ennemis de l’Algérie, Belkheir a répondu qu’elle n’en avait pas. Il a fait une allusion historique aux débuts de la coopération militaire avec la Russie, liée à l’occupation de Tindouf par le Maroc.
(U) Message validé par William Jordan, directeur NEA/MAG.
Riley
Source : Wikileaks
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