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Par Mohamed Tahar Aissani
Dans le salon feutré du palais d’El Mouradia, à Alger, ce 31 juillet 2025, un souffle rare de franchise diplomatique a traversé les murs : le président algérien Abdelmadjid Tebboune recevait un groupe de journalistes libanais en marge de la visite officielle du chef de l’État libanais, Joseph Aoun. Un échange direct, dense, sans langue de bois, où l’homme d’État a tissé, entre mémoire, géopolitique et solidarité, les lignes d’un discours profondément enraciné dans les principes de souveraineté et de justice.
Dès l’entame, le président Tebboune a tenu à clarifier une chose : « L’Algérie est prête à aider le Liban, sans condition ni contrepartie ». Une déclaration forte, au ton fraternel, empreinte d’une mémoire commune, parfois heurtée — notamment l’affaire Sonatrach, aujourd’hui qualifiée de « page tournée ».
Dans une volonté manifeste de passer des mots aux actes, le président a annoncé la constitution d’une cellule d’ingénieurs algériens dédiée à l’appui technique pour la reconstruction des infrastructures libanaises. Une main tendue concrète, saluée par la délégation libanaise venue avec deux dossiers urgents : la réhabilitation des bâtiments publics et le relogement des familles sinistrées.
Interrogé sur le dossier sensible du désarmement du Hezbollah, Abdelmadjid Tebboune a tranché avec une sobriété souveraine : « Ce n’est pas notre affaire. L’Algérie ne s’ingère pas dans les affaires intérieures du Liban. Le président libanais est le mieux placé pour connaître son peuple et ses défis. » En d’autres termes, l’Algérie assume une position d’observateur solidaire, mais non intrusif. Un équilibre subtil qui lui vaut souvent le respect des acteurs des deux rives.
C’est avec une intensité visible que le président a abordé les questions de la Palestine et de la Syrie, qualifiées de « lignes rouges historiques ».
Concernant la Syrie, Tebboune s’est dit prêt à toute forme d’aide humanitaire ou technique : « Le retour à la normale prendra du temps, mais nous répondrons à toute demande de l’État syrien. »
Sur la Palestine, il a réaffirmé une position inchangée depuis Boumediene : « Pas de normalisation avec Israël sans la naissance d’un État palestinien souverain.
» À ceux qui s’interrogent sur l’effet domino des accords d’Abraham, le chef de l’État répond par une maxime démocratique : « Chaque dirigeant doit écouter son peuple. » Une pique à peine voilée aux régimes pressés de se soumettre à la Realpolitik. Tebboune n’a pas manqué de saluer le rôle du Royaume d’Arabie saoudite dans le soutien à la cause palestinienne : « Ils ont été là, durant les guerres et les Intifadas. Nous le reconnaissons. »
Sur le front des grandes puissances, Tebboune se fait stratège. L’Algérie, dit-il, entretient des relations équilibrées avec les États-Unis, la Chine et la Russie : « Aucun pays ne peut nous imposer un alignement contre un autre. » Une déclaration qui réaffirme le positionnement non-aligné de l’Algérie, tout en déjouant les tentatives de récupération ou d’enrôlement dans les rivalités de blocs.
Et à propos de Paris ? Là encore, le président n’élude pas : « Il y a des tensions. Pas avec Macron personnellement, mais une minorité radicalisée en France semble obsédée par l’Algérie. » Une phrase acérée, posée calmement, mais lourde de sens. Tebboune rappelle aussi que la « mémoire historique n’est pas négociable », soulignant que les blessures coloniales ne sauraient être effacées par des sourires diplomatiques.
Enfin, le président a conclu l’entretien en évoquant la récente visite à Rome, où il a rappelé que « l’Algérie est un fournisseur fiable de gaz pour l’Europe ». Une affirmation pragmatique, mais aussi stratégique à l’heure où le vieux continent cherche de nouveaux équilibres énergétiques. Là encore, Alger joue la carte de la stabilité et du partenariat durable.
Par ce dialogue sincère et nuancé avec la presse libanaise, le président Tebboune a offert plus qu’une vision : une boussole. Celle d’une Algérie fidèle à ses principes, disponible pour ses frères, ferme dans ses choix, et résolue à marcher droit dans un monde tordu. Une posture qui dérange parfois, mais qui honore toujours.
Source : Forum des libertés Algérie
