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France – Algérie : Quand l’ancien ambassadeur s’enlise dans le syndrome colonial

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Et si, au fond, monsieur Driencourt, c’était vous le prisonnier ? Prisonnier d’une vision datée, d’un rôle de "bienfaiteur occidental" dont l’Algérie n’a plus besoin. Le vrai condamné dans cette affaire, ce n’est pas Boualem Sansal : c’est votre diplomatie moribonde et votre nostalgie d’un empire effondré.

Par Mohamed Tahar Aissani, journaliste algérien

Le voilà revenu, tel un spectre échappé des salons feutrés de la rue Saint-Honoré : Xavier Driencourt, ex-ambassadeur recyclé en chroniqueur zélé, bardé d’arrogance néocoloniale, distribuant les bons et les mauvais points depuis sa retraite dorée. Cette fois, le prétexte s’appelle l’affaire Boualem Sansal, mais la cible reste la même : l’Algérie souveraine, insoumise, indocile aux injonctions de la France post-gaullienne.

Derrière le masque compassé de la « préoccupation humaniste », Driencourt s’adonne à son exercice préféré : le chantage politique enrobé de rhétorique bien-pensante. Il feint de s’alarmer d’une « quasi-rupture » entre Paris et Alger — qu’il a, faut-il le rappeler, lui-même alimentée durant son mandat — pour mieux torpiller, à coups de syllogismes toxiques, toute velléité algérienne d’autodétermination narrative.

Quand l’ancien colon donne des leçons de liberté…

La ficelle est usée : présenter Boualem Sansal comme un martyr de la « liberté d’expression » et agiter son cas comme un thermomètre des relations franco-algériennes. Mais à qui veut-on faire avaler cette pilule amère ? Sansal n’est pas condamné pour un pamphlet philosophique ni pour avoir écrit une ode à Spinoza — il est jugé pour atteinte à la sécurité de l’État et collaboration médiatique douteuse avec des entités connues pour leur hostilité viscérale envers l’Algérie.

Driencourt, en habile prestidigitateur, élude les faits, nie les logiques souveraines, et transforme une décision judiciaire algérienne en crime contre la pensée. Et voici l’ancien diplomate se muant en dramaturge : « la France devrait-elle payer une rançon ? », ose-t-il. La France ? Otage du pouvoir algérien ? Non, monsieur l’ambassadeur : c’est vous qui êtes l’otage de votre propre fantasme de tutelle perdue.

De la mémoire sélective à l’amnésie programmée

Le journaliste masqué derrière sa chronique oublie, comme par enchantement, les années noires du soutien tacite à un régime assassin de l’autre côté de la Méditerranée. Il évoque Sansal « persécuté », « emprisonné », « salarié d’un crime de pensée », mais oublie que des milliers d’intellectuels algériens ont été sacrifiés sur l’autel d’un silence complice durant les années 90. Où étiez-vous, monsieur Driencourt, quand l’Algérie saignait ? Où était votre plume indignée ?

Et le comble de l’ironie : il accuse Alger d’avoir « peur des mots », lui qui, depuis Paris, distille un verbe colonial sous couvert d’élégance républicaine. À défaut de diplomatie, c’est désormais le langage du mépris qui gouverne ses humeurs.

Quand Paris pleure ses relais et panique devant l’émancipation

Le nœud de l’affaire est ailleurs. Ce qui ronge certains cercles français, ce n’est pas la condition de Boualem Sansal, mais bien la perte progressive d’influence sur une Algérie qui ne négocie plus sa souveraineté à la baisse. Les récents refus de visas, les recalages diplomatiques, le repositionnement géostratégique d’Alger vers Moscou, Pékin, et Pretoria, tout cela compose le véritable fond de l’angoisse.

Et si Paris s’agite, c’est parce qu’Alger ne tremble plus. L’État algérien assume désormais, avec rigueur et parfois rudesse, son indépendance. Une indépendance non pas folklorique, mais administrative, juridique, culturelle. L’ère des bons élèves soumis est révolue.

Chronique d’un ressentiment postcolonial

Driencourt pleure une Algérie qui n’existe plus : une Algérie à genoux, quémandeuse, reconnaissante. Il appelle de ses vœux une réaction « humanitaire », mais ne cache pas sa frustration face à ce pays qui ose juger selon ses propres lois, parler selon ses propres mots, écrire selon ses propres douleurs.

Son texte n’est pas un cri de justice : c’est un spasme d’orgueil blessé, une tentative désespérée de réanimer un protectorat imaginaire. Il nous accuse d’entretenir « une image négative de la France » ? C’est à se demander s’il n’est pas plus préoccupé par l’image de l’Algérie, justement, telle qu’elle échappe désormais à ses catégories de pensée coloniale.

Conclusion : la souveraineté n’a pas de prix, ni de rançon

L’affaire Boualem Sansal n’est pas un feuilleton diplomatique. C’est un révélateur. Un révélateur du regard paternaliste de certains anciens serviteurs de la République française, mais aussi un test grandeur nature de la résistance souveraine d’un État algérien qui refuse l’immixtion.

Et si, au fond, monsieur Driencourt, c’était vous le prisonnier ? Prisonnier d’une vision datée, d’un rôle de « bienfaiteur occidental » dont l’Algérie n’a plus besoin. Le vrai condamné dans cette affaire, ce n’est pas Boualem Sansal : c’est votre diplomatie moribonde et votre nostalgie d’un empire effondré.

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