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Nouvelle reconfiguration régionale: L’Algérie en pole position

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Le «décès» du G5 Sahel a été acté, il y a quelquessemaines, parla décision du Mali de se retirer du groupe. Une démarche qui, pour bon nombre d’observateurs et autresspécialistes des questionssécuritaires, est amplement justifiée. Ces derniers soutiennent, en effet, que les critiques faites autour de ce dispositif sont fondées. Bamako a expliqué sa décision de retrait : «L’instrumentalisation d’une institution comme le G5 Sahel dont le mandat est de mutualiser les moyens pour garantir des conditions de développement et de sécurité dans l’espace des pays membres est fondamentalement contraire aux intérêts de nos pays et de nos peuples qui font face à d’importants défis dans le domaine de la lutte contre le terrorisme», ont souligné les autorités maliennes de transition. Pour autant, pour les spécialistes, toutes les opérations militaires et les forces multinationales expérimentées ou présentes au Sahel, de Serval à Barkhane, en passant par la force mixte et la MINUSMA jusqu’à Takuba ne sont pas parvenues à résoudre la crise sécuritaire qui menace aujourd’hui l’existence même du continent.

Et force est de rappeler aussi qu’au cours des dix dernières années, les pays du Sahel ont tenté de coordonner leurs efforts pour faire face à la détérioration de la situation sécuritaire marquée par une forte propagation des groupes terroristes sans pour autant parvenir à rétablir la stabilité à leurs frontières ou dans la région.

Cet échec est expliqué par le professeur des universités et spécialistes des questions géopolitiques et internationales, Makhlouf Sahel, qui estime que «l’initiative G5 Sahel avait comme objectif le redéploiement de la présence française dans la région pour contrer d’un point de vue stratégique la venue d’un certain nombre de puissances qui commençaient à s’intéresser de très près à cet espace géopolitique qu’est le Sahel, soit pour des considérations géostratégiques pour certains ou géoéconomiques pour d’autres».

Et d’ajouter que «l’autre objectif inavoué, mais clairement identifiable pour tout observateur averti, était le torpillage de l’expérience des pays du champ qui commençait à être perçue comme une dynamique d’émancipation et de coordination de la région sur le plan sécuritaire, ce qui contredisait totalement les desseins hégémoniques de la France». Et de poursuivre en indiquant que «l’échec du G5 Sahel était prévisible dès le départ, car il y avait un décalage structurel au sein de ce groupe». Mais pas que puisque, il avance une autre raison. Elle consiste selon lui en «le manque de conviction dans la mise en place de l’initiative en elle-même, car non seulement elle n’émanait pas des réalités profondes de la région mais elle semblait aussi être le pendant politique et économique sahélien de l’opération militaire française Barkhane, ce qui arrangeait les objectifs de la France, mais pas ceux des pays membres du G5».

C’est pourquoi, estimera le spécialiste, «il serait plus judicieux pour les pays de la région du Sahel à adopter une approche qui mène sur la voie structurée de la paix et de la sécurité dans la région du Sahel de manière identique et complémentaire à l’architecture africaine de paix et de sécurité qui est sous la tutelle de l’Union africaine». Dans cette nouvelle configuration qui se dessine pour la sous-région, l’Algérie est appelée à jouer un rôle crucial. Pour le professeur Barkouk, sa position lui permet d’être «la locomotive pour la constitution d’un système de sécurité régional soucieux du respect de la souveraineté des autres pays et refusant toute ingérence étrangère».

Elle est aussi, selon lui, «capable de créer une dynamique de coopération sécuritaire sur le long terme qui pourrait associer les quatre pays du Centre, à savoir l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger avant d’être élargis à d’autres pays, notamment le Burkina Faso, le Tchad et le Nigeria». Un rôle qui est écrit pour elle et que nul autre pays ne saurait jouer ou assumer. Et pour cause, le professeur Sahel tient à rappeler que «l’Algérie est pionnière et leader en matière de construction et d’engineering sécuritaire tant au niveau continental (en Afrique) que régional (au Sahel)».

Et de souligner que «les efforts de notre pays pour édifier une assise sécuritaire collective sous-régionale, en complément à ces efforts dans le cadre de la mise en place de l’architecture de paix et de sécurité en Afrique (APSA), ont été des efforts considérables et foncièrement importants pas seulement pour l’Algérie mais pour toute la région du Sahel et au-delà pour le continent». Il poursuivra en indiquant que «l’importance et l’efficience de toutes ces initiatives résident particulièrement dans la consécration des préalables de souveraineté des Etats africains à mettre en orbite le principe d’africanisation des solutions et des mécanismes dédiés à la prévention des conflits, la gestion des crises et aussi à la lutte antiterroriste». Et si l’Algérie risque une nouvelle fois de porter l’Afrique en matière de sécurité, c’est aussi parce que son expertise en la matière est reconnue et recherchée.

Le professeur Sahel indiquera que «forte de son expérience amère du fléau terroriste et de sa victoire seule dans sa lutte contre le terrorisme, l’Algérie a de tout temps eu comme conviction que pour faire face aux menaces sécuritaires actuelles, la coordination et la coopération sont des variables indispensables». Elle s’est également efforcée de «contribuer efficacement et en permanence à la construction de perceptions communes, que ce soit au niveau continental ou régional et même à l’international, sachant qu’elle est membre fondateur du Forum mondial antiterroriste».

En outre, il ne faut pas oublier que le Traité sur la prévention du terrorisme a été conclu en Algérie en 1999, où il évoquait déjà dans son préambule et bien avant les événements du 11 septembre 2001, que le phénomène du terrorisme constitue une menace à la sécurité mondiale et affecte la cohésion de la communauté internationale ; il représente également un grave danger pour les droits de l’homme.

Dans le prolongement de cet accord, le Plan d’action d’Alger a été approuvé en 2002, ce qui a abouti à la création du Centre africain d’études et de recherches sur le terrorisme le 13 octobre 2004. Il sera aussi indiqué que c’est «l’Algérie qui a contribué de façon significative au développement d’un certain nombre de règles internationales, à l’image de la résolution 19-04 de l’ONU interdisant le payement des rançons». Pour notre interlocuteur «Toutes ces données permettent de dire que l’Algérie a été le précurseur de cette logique de coordination et de coopération en matière de lutte antiterroriste, particulièrement en Afrique et dans la région du Sahel, ce qui lui permet de se mettre en pole position de leader pour la reconsolidation d’une architecture régionale de paix et de sécurité».

Nadia Kerraz

El Moudjahid, 12/07/2022

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