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Algérie. L’enjeu des Jeux

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par El Yazid Dib


Nous ne cherchons pas à être les premiers, ni tout le temps les meilleurs. Nous voulons être toujours à la hauteur. Nous avons la réussite des jeux. Reste à défier l’enjeu.

L’humanité n’a jamais cessé d’essayer de ressouder perpétuellement les différents morceaux qui la désagrègent d’un aléa à un autre. Le jeu en était l’un des outils les plus performants dans la construction des harmonies inter-étatiques et l’un des ciments les plus ferments dans la symbiose inter-population. C’est aussi une flamme symbolique qui vient périodiquement illuminer les cieux rendus ténébreux par des complaisances par-ci ou des quiproquos par-là, de pays proie à l’hérésie ou à l’égoïsme. Les turbulences agitant les stabilités régionales le plus souvent en défaveur de ceux pour qui la domination de la puissance est presque devenue un sort et une fatalité de fait accompli à acquiescer sans bouger ; tendent à réorganiser la géostratégie mondiale. Devant ce monde qui bouillonne, qui se translate sans cri ni préavis et qui se travestit en l’absence des peuples ; les « jeux « sportifs universels tiennent à réunir les peuples, non pas autour d’une table de négociation ou à l’hémicycle du conseil de sécurité ; mais dans un village en totale communion.

C’est d’abord un grand défi qui se juxtapose au sein même d’une crise multiple et sur tous les plans. Ensuite c’est une manifestation internationale qui s’exporte. Elle reflète nos jours et nos nuits, nos sens et nos plats, nos boutiques et nos rues. Certains vont, comme le font ceux qui cherchent à la loupe des poux sur une calvitie ; trouver des failles partout et en faire un roman.

Même la baptisation du nouveau complexe sportif n’a pas échappé à des argumentaires hypothétiques arguant que l’ancien joueur de l’équipe nationale du FLN, feu Amara serait plus indiqué que celui du libero du Mouloudia d’Oran Miloud Hadefi. L’inverse ou autre nom aurait certainement provoqué à la même intensité les mêmes argumentaires. Que l’on fasse n’importe quoi, l’on mécontente toujours quelques uns. Chez nous, ceci est une empreinte génétique. Il y a même ceux qui après la cérémonie d’ouverture et n’ayant rien à se mettre sous la scie comme valeur à saccager ; se lancent à fustiger que son succès est inutile tant le prix d’un œuf et la cherté d’autres produits saisonniers chapeautent encore la mercuriale. La digression et le négativisme quand ils aveuglent ceux qui refusent de voir clair, qui ne savent que déprécier les prouesses, qui distinguent le mal partout, qui confondent cailles et merles ; tout est noir. Il y a aussi ceux qui tentent par intention de rabat-joie d’accoler la mer méditerranée aux jeux méditerranéens en invoquant, pris soudainement par de l’émotion malvenue ; l’âme des harragas et les nombreux ccadavres qu’elle avale chaque année. Drôle de jugement. L’événement va se finir, les maux subsisteront, le temps d’en parler également.

Certains, trop alertes, dénichent dans le canevas chorégraphique et y trouvent même de la manipulation dans le feedback de la chanson mythe de Cheb Hosni, imputant au pouvoir via Derouaz, l’éveil sentimental d’une population à faire dormir debout dans le stade.

Fantaisie de ramener toutes nos afflictions intérieures qui ne sont pas à faire taire et les coller perfidement à cet événement. Le comble de l’hérésie est d’attribuer les incendies de Sétif, des bus d’Alger à l’anathème de Dieu et les secousses telluriques d’Oran à la malédiction de Sidi el Houari à cause de la tenue des gymnastes de l’équipe nationale. Le délire dans son ampleur de haine viscérale.

Il y a eu des hommes et des femmes, de l’énergie et de l’effort, de la passion parfois et de l’opiniâtreté quelque fois qui se sont engagés derrière chaque brique, chaque bout de terrain pour rendre une ville en une attractive métropole du grand bassin méditerranéen. Tant de ministres, tant de walis, tant de directeurs se sont investis dans ce projet depuis 2014. Si l’on déprécie l’acte de vouloir bien faire, c’est que l’on stagne l’ambiance et l’ambition de le refaire. Oran, une vitrine principale du pays pour une durée s’est vue bien représenter tout le corps territorial de ce pays. Les capacités sont là, au même titre que le sont les challenges. Il suffit de positiver, de porter son regard sur ce qui est beau, de semer l’espérance d’avoir toujours des rêves en mieux.

L’enjeu n’est pas par contre dans les jeux. Ceux-ci vont se revêtir d’un habit traditionnel de compétition sportive et culturiste. Il est, cependant dans ce que ces jeux vont démontrer comme force d’organisation, discipline de conduite et adhésion par engouement populaire. De l’accueil et ses soubassements aux gradins et vestiaires ; le pays va s’exhiber au monde. Peu importe le score ou la finalité d’un uppercut mal endossé ou d’une chute réussie d’un saut gymnastique ; l’important est ce fair-play qui s’interprétera comme une position politique nationale.

Derouaz, commissaire en chef des jeux n’a jamais affiché une référence professorale l’identifiant comme lauréat de l’université de Damas ou récipiendaire d’un doctorat es-lettres arabes de celle de Bassora. Ses lettres de noblesse sont toujours incrustées dans les annales de compétitions sportives internationales. Qu’il ait charcuté un discours trop long pour la circonstance ou s’est ânonné ; le reproche valable à lui faire c’est qu’il n’a pas osé parler en algérien tout court avec une traduction simultanée. Et puis avoir vécu plus de 60 ans dans un pays ou l’on étudie, l’on parle partout l’arabe et s’embrouiller à lire un texte ; n’est qu’une mauvaise volonté inadéquate. Pas plus.

Enfin, tout ceci n’enlève en rien son brio managérial à avoir su modérer tous les procédés holographiques et les imbriquer l’une à l’autre au sein de nos us, notre histoire et nos défis.

Sur un autre chapitre, ces jeux qui ne touchent en fait que les pays du pourtour de la méditerranée ne peuvent laisser insensibles ceux qui ne participent pas. Quoique, à l’apparence tout l’autre monde s’en fiche éperdument. L’on en discute point dans les medias, ni dans les séances spécialisées. Ailleurs les grands décideurs du monde sont en réunion et s’affairent inlassablement à réajuster les équilibres pour les maintenir en leur faveur.

L’Ukraine plus que tout autre fait actuel retient leur souffle, l’armement et l’élan belliqueux persévèrent à être le seul langage de ces entités. Ainsi les feux de l’actualité mondiale ne sont pas sous les feux des jeux. Aucun fuseau de lumière médiatique de ces chaînes occidentales promptes à diffuser la perte d’un chiot ou l’adultère d’un haut fonctionnaire n’est à braquer sur Oran.

C’est de cet enjeu là que chaque pays tend bien que mal à se soucier davantage de ses contraintes et contretemps. Assurer sa propre sécurité, son intégrité spatiale, sa souveraineté. L’organisation de ces joutes, sont pour l’Algérie une autre aubaine de prouver ses capacités à même de pouvoir accueillir de grands événements de portée universelle et d’être un pivot autour duquel peuvent se rassembler les synergies populaires. Le village olympique est plus qu’un lieu de rivalité. Il est devenu, du témoignage de ses résidents étrangers un plateau d’amitié et de fraternité. Tous les jeunes venus d’ailleurs vont certainement se faire une autre idée que celle véhiculée, de cette jeunesse algérienne qui développe les mêmes idéaux de paix et de liberté dans un monde, qu’ils souhaitent ouvert à tous. Ainsi ces jeunes de tout bord, d’horizons divers, réunis dans une Algérie qu’ils viennent de découvrir, se feront sans ambages une idée simple que ce pays n’aspire qu’au bonheur malgré les aléas fatidique qui l’entourent.

Si les jeux ne concernent en primo que les joueurs, pour l’Etat c’est son enjeu qui est principalement en jeu. Il va ainsi affronter une épreuve testant depuis 1975 toutes ses capacités de mobilisation. Nonobstant les jeux panafricains les sommets de chefs d’état arabes, des pays non alignés, il demeure toujours de nouveaux challenges à relever. Autres temps, autres technologies, autres enjeux.

C’est du gabarit de ces grands rendez-vous que chacun évalue, renforce et valide ses compétences. C’est d’eux que s’exigent par ailleurs les nouvelles performances de juguler les grands rassemblements. Si l’on devait se réjouir d’avoir pu et su tenir haut la barre de ces jeux, qui en somme n’ont qu’un caractère interrégional; il ne faudrait pas tomber dans l’hébétude ou être enivré d’un excès de confiance. Dire pouvoir organiser une coupe du monde; le wali d’Oran semble être obnubilé par les feux de la rampe. L’équation pour ainsi faire ne s’établit pas uniquement dans l’infrastructure ou dans le pack logistique, il y a cette architecture sociétale, cette géométrie comportementale, cette béatitude culturelle, cette tolérance rituelle à garantir. Restons paisibles, sobres et travaillons plus car d’autres haltes événementielles se pointent déjà.

Quand l’on sait fabriquer ses propres drones, maîtriser leur usage, régler le flux et le séjour de plus de 4500 athlètes, croire en soi et en ses enfants; c’est qu’il y a quelque part une expression de détermination à lancer envers ceux qui prônent le doute et guettent la faille. Tahya Eldjazair ! toc !

Le Quotidien d’Oran, 01/07/2022

#Algérie #Oran #JeuxMéditerranéens

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