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Algérie: « La riposte passe par l’armement des Sahraouis »

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« L’Algérie doit fortifier ses liens avec l’axe contre l’entité sioniste »
Au regard des mutations et de décantations opérées et en cours, dans les rapports internationaux et celles de la scène mondiale, l’Algérie qui s’inscrit dans l’édification et la consolidation de ses relations avec l’ensemble des pays dans le respect des intérêts mutuels, est tenue, selon l’expert des questions sécuritaires et stratégiques, Abdelhamid Larbi Chérif à « être un acteur », selon son processus historique et ses principes , pour faire face et résister aux plans visant le démantèlement des États Nation.

L’invité, hier, a animé le Forum du Courrier d’Algérie, l’ex-colonel à la retraite Abdelhamid Larbi chérif a affirmé que l’entité sioniste et le Maroc « vont accentuer leur agressivité et leur rôle hostile contre l’Algérie » en raison de l’attachement de notre pays, « à sa souveraineté » dans la prise de décisions ou positions en opposition, notamment à deux systèmes politiques expansionnistes, Israël et le Maroc. Dans son agression par l’assassinat ignoble de trois de nos camionneurs, Israël comme le Maroc, sur fond des plans visant l’Algérie, tentent de « drainer le pays dans une guerre », laquelle affirme le conférencier, « le plus grand perdant sera le Maroc ». Indiquant que l’Algérie a et est en mesure de riposter, en usant de ses forts moyens militaires, en capacités humaine et matériel, « notre pays est aussi capable d’user d’autres moyens de riposte pour aussi frapper fortement Rabat et la rappeler à l’ordre». Le Maroc qui s’appuie sur l’entité sioniste, pour s’attaquer à l’Algérie, « devrait savoir que la résistance armée palestinienne et libanaise a montré les limites des capacités militaires israéliennes », rendant même caduc, l’efficacité du « dôme de fer » face aux tirs de roquettes et des missiles de la résistance, palestinienne et libanaise, notamment dans le conflit de mai dernier, entre les Palestiniens et les sionistes et avant, en 2006 avec le Liban. « L’Algérie est appelée plus qu’avant à afficher son positionnement en faveur de l’axe qui fait face fondamentalement à l’entité sioniste », notamment en ces temps où la normalisation de pays arabes profite en premier lieu à l’occupant israélien. Pour l’invité du Forum, « il est temps de fortifier et de consolider nos liens avec les pays arabes hostiles à l’entité sioniste et qui animent la résistance à divers niveaux contre le projet visant la région arabe et africaine » dira-t-il.

Rappelant que dans un monde multipolaire qui s’affirme de jour en jour, avec l’émergence et le rôle pesant de nouvelles puissances, citant, la Russie, la Chine, l’Iran etc, l’animateur plaide en faveur « de la consolidation et l’approfondissement de relations stratégiques avec ces pays» déclare-t-il, d’autant plus que l’Algérie poursuit Abdelhamdi Larbi Chérif, « entretient d’excellentes relations avec ces pays ». Etant un acteur incontournable sur le bassin méditerranéen et le continent africain, de par ses positions de principe et son processus historique, marqué notamment par une guerre de libération contre le colonialisme français, l’Algérie n’a jamais cessé d’être dans le collimateur de l’entité sioniste et de ses alliés, et le Maroc, dira notre interlocuteur « est un sous-traitant de la politique israélienne» dans notre région, et par sa normalisation avec Israël, celle-ci est géographiquement à nos portes, avec la normalisation entre Rabat et Tel Aviv, dénoncée et qualifiée, pour rappel, par le peuple palestinien « de trahison et de coup de couteau dans le dos palestinien ». Relevant qu’il est impératif d’aller sur la consolidation et la fortification du front interne, le conférencier a appelé à la concrétisation et la réalisation de ce qui nourrit « la cohésion nationale », notamment par l’amélioration des conditions de vie socio-économique du citoyen , la relance effective de la machine économique, l’enracinement de la culture d’Etat, l’édification de fortes institutions, invitant avec insistance « à sortir de la gestion administrative de l’économie » et « du discours des slogans » lesquels, selon l’invité du Forum freinent toute émergence « des fortes capacités » du pays dans tous les domaines, pour être « une force régionale dans la durée » précise-t-il.

Pour l’ex-colonel en retraite Abdelhamid Larbi Chérif, le Maroc qui affronte avec ses soutiens traditionnels, dont l’entité sioniste , la lutte de libération du peuple sahraoui, depuis 1975, a vite fait, en raison de sa défaite militaire, d’aller sur un cessez-le-feu en 1991, avec le Front sous les auspices de l’ONU pour l’organisation du référendum d’autodétermination des Sahraouis, puis s’est désengagé, et espère à travers les Accords d’Abraham imposer le fait accompli. Pour le conférencier le principe « ce qui a été pris par la force revient par la force » anime la lutte du peuple sahraoui et celle du peuple palestinien pour mettre un terme à l’occupation, respectivement, marocaine et israélienne, soulignant que « l’Algérie est un soutien indéfectible aux luttes des peuples sahraoui et palestinien ». Un soutien qui doit être davantage manifesté, notamment en matière de soutien militaire et de « coopération et de fortification des liens avec les pays adoptant une posture clairement affichée, contre l’entité sioniste, à l’exemple de l’Iran » a précisé, hier, l’animateur de notre Forum
Karima Bennour

FACE À L’AGRESSION MILITAIRE MAROCAINE ET LES PLANS DE DÉSTABILISATION DE SON ALLIÉ SIONISTE : « L’Algérie doit faire preuve de patience stratégique »

Il ne fait aucun doute sur l’affaire ! L’acte terroriste commis récemment sur trois routiers algériens, tués dans un bombardement des forces marocaines à Bir Lahlou, dans les territoires sahraouis libérés, porte l’empreinte d’Israël qui, à travers cette agression, vise la stabilité de l’Algérie dans le cadre du fameux plan chaotique visant à redessiner le Moyen-Orient et le Maghreb. Un fait en soi qui n’est pas nouveau à considérer à tout point de vue la série des agressions marocaines amenant l’Algérie à rompre ses relations avec son « voisin » de l’Est.

Si ce n’est aujourd’hui pour l’allié sioniste, qui bombe le torse depuis qu’il a intégré les accords d’Abraham sous les auspices de Trump, d’accéder à un niveau supérieur d’hostilité. Aller en effet au-delà de la classique campagne médiatico-diplomatique belliqueuse dirigée contre l’Algérie des années durant en optant pour le choix dangereux de l’escalade militaire dans laquelle il veut entrainer l’Algérie.

C’est là l’objectif recherché, a estimé, hier, l’invité du Forum du Courrier d’Algérie, Abdelhamid Larbi-Chérif, expert en questions sécuritaires et géostratégiques. « Et ça ne s’arrêtera pas à l’assassinat de trois Algériens, ça va aller encore plus loin », met en garde l’orateur pour qui Israël, aujourd’hui, « prend le relais des Américains » après le retrait ou le désengagement de ces derniers dans la région. Et si l’Algérie en est une cible privilégiée, c’est parce qu’elle est, du moins dans la région, l’un des rares pays à continuer à soutenir le droit des peuples palestinien et sahraoui à l’autodétermination, au moment ou bien des pays arabes se sont désengagés pour choisir le camp adverse.
C’est dans ce contexte de tension auquel s’ajoutent les crises au Mali et en Libye qu’évolue l’Algérie. Et pour cause, si la normalisation marocaine avec Israël est assumée publiquement, d’autres pays, comme le Niger ou la Mauritanie, bien qu’ils le soient moins, mènent sous la table des relations avec l’entité sioniste. La campagne de normalisation ne s’arrête pas là, puisqu’aux dernières nouvelles, confirme Larbi-Chérif pour la Libye, le fils de l’ancien Guide libyen, Saif Islam Kadhafi ainsi que Khalifa Haftar se sont rendus secrètement en Israël en pleins préparatifs des élections présidentielles.

« La riposte passe par l’armement des Sahraouis »
Dans ce lot de « trahisons », l’Algérie reste l’ennemi à abattre pour Israël qui « craint pour ses intérêts économiques dans le bassin méditerranéen. » Autrement, le grand retour diplomatique de l’Algérie dans la région et la puissance de ses forces armées compromettraient les approvisionnements maritimes israéliens. D’où l’acte d’agression de l’Algérie à travers l’assassinat de trois civils algériens par lequel « Israël cherche à entrainer l’Algérie dans un conflit armé en le poussant à riposter au Maroc », avertit l’invité du Forum, précisant qu’un tel scénario amènerait la communauté internationale à intervenir et de-là « faire oublier » la question d’autodétermination du peuple sahraoui et dire que c’est « une affaire algéro-marocaine ».

Une raison pour laquelle, suggère ce colonel de l’ANP à la retraite pour éviter l’escalade face à l’agression, « l’Algérie doit faire preuve d’une patience stratégique, car riposter n’est pas dans nos intérêts ». En revanche, Larbi-Chérif pense à une autre riposte consistant à « armer les Sahraouis avec drones et missiles pour chasser le Maroc et son allié sioniste ». Car, pour lui, il n’y a que la lutte armée qui pourrait libérer le peuple Sahraoui du colonialisme marocain. « On est dans la contrainte d’aller vers une guerre indirecte », recommande Larbi-Chérif.

Une escalade militaire n’arrange pas l’Algérie, malgré son potentiel prouvé dans le domaine. Pour preuve, les programmes de modernisation de l’ANP, son expérience puisée dans la guerre de libération nationale contre la France coloniale et sa lutte contre le terrorisme. En face, « c’est le Maroc qui est perdant car il n’a jamais mené un affrontement direct. Il n’a pas les moyens de mener la guerre. Malgré qu’il dispose de 74 chasseurs F16 américains, il n’a pas les moyens de pilotage, ni économiques pour permettre des heures de vol de ses avions, même les pays puissants ne peuvent se le permettre », affirme-t-il.

Le front intérieur et la riposte économique
Abordant la situation interne au pays dans le giron du développement géopolitique qui cerne l’Algérie, Larbi-Chérif estime aussi que la « riposte » à l’ennemi ne peut se suffire de l’engagement sans faille sur le plan militaire et à travers l’Armée nationale populaire notamment. Pour ce faire, « le renforcement du front intérieur à travers le renforcement des liens entre les institutions et le peuple est capital, car la situation actuelle n’est plus comme avant », suggère-t-il. « On ne peut pas convaincre le peuple d’une vraie agression marocaine, si le citoyen n’arrive pas à subvenir à ses besoins en pomme de terre », illustre-t-il ses propos, histoire de montrer la nécessité du développement socio-économique dans la défense de la souveraineté de l’Algérie.

D’ailleurs, il déplore le fait que l’Algérie n’a pas su tirer des leçons de la décennie noire dont il cite la loi sur la Réconciliation nationale qui n’a pas su réhabiliter les militaires qui se sont pourtant sacrifiés contre le terrorisme dans leurs droits. « L’Etat se construit par les institutions et non pas par les hommes », estime Larbi-Chérif, appelant à dépasser la vision d’allégeance comme on l’a connu durant le règne de Bouteflika, pour orienter le pays résolument vers le développement qui passe par l’accompagnement réel de sa jeunesse, en quête d’une vie décente stable.
Sur ce plan « il faut sortir de l’économie dirigée, libérer les initiatives dans l’administration qui doit être au service des citoyens et non le contraire. Il faut aussi ouvrir les portes aux jeunes algériens au lieu de les noyer dans la bureaucratie. « Le danger est aussi d’ordre économique », met en garde l’orateur pour qui les responsables doivent dépasser la langue de bois et répondre sur le terrain pour résoudre les problèmes des Algériens. Pour ce faire, ceci doit passer par la volonté politique, la mise en place d’une stratégie économique basée sur une ambition future et des objectifs à réaliser dans un plan d’action. En somme faire le tout possible pour faire adhérer le peuple au projet national. Larbi-Chérif veut pour exemple l’Egypte qui « en 2030, ce pays deviendra première économie africaine et arabe et l’un des plus importants marchés ».

« On ne peut pas ignorer la France »
Interrogé sur la crise diplomatique entre l’Algérie et la France, dont les propos provocateurs du président Macron ont accentué des tensions déjà en présence, Larbi-Chérif pense qu’il faut adopter une attitude réaliste et pragmatique vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale. « On a une communauté importante en France, il faut y réfléchir », répond-t-il pour qui, « il faut réviser les accords (algéro-français) selon une vision souveraine et sur la base des intérêts de notre pays. On ne peut pas ignorer la France… »

À ce titre, Larbi-Chérif, qui défend une vision pragmatique à adopter dans les relations avec la France, donne l’exemple du blé. « Si on arrête l’importation du blé (français), cela va développer la production nationale en la matière. Dans deux ans, on peut même en exporter », a-t-il suggéré.
Farid Guellil

Le Courrier d’Algérie, 10/11/2021

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