Le Silence des loups

Le Silence des loups – Un texte de Mohamed Talbi dédié à l’escalade entre l’Algérie et le Maroc

Il me semble avoir ouï braire, ces derniers temps, des deux côtés des frontières,
Des zélateurs ignares qui pour noyer le poisson dans l’eau, cherchent toujours à monter l’un contre l’autre deux peuples frères,
Alors d’emblée, au nom d’une grande majorité toujours obligée à se taire, tirons avec discernement cette affaire au clair,
Au lieu de prêter foi aux bobards et aux chimères, de continuer à se jeter des pierres, au lieu d’indignes ou chauvins ou candides se laisser aller aux chamailleries des vieilles mégères ;
Je n’ai jamais rien eu contre aucun frère algérien, et je le jure, aucun algérien n’a jamais rien eu contre moi, son frère marocain,

Bien au contraire ! Il frissonne à mes peurs, je m’exalte à ses joies, nous portons le même deuil, partageons les mêmes chagrins, et lors des fêtes, à l’unisson, claquons ensemble des mains,
Quand bien même il arrive que nous ne soyons pas d’accord sur une question, sur un point, nous savons qu’il fera meilleur temps demain,
Que les manipulateurs qui de haine et de vindicte se nourrissent aux yeux des peuples frères apparaîtront toujours comme des nains ;

Partout dans le monde, j’ai beaucoup d’amis blancs, qui m’aiment et que j’aime autant,
J’en suis sûr, ils ne me diront pas le contraire, ni à ces assertions cuisantes de franchise n’opposeront aucun non,
Leurs pays reçoivent les meilleures laines, les meilleures étoffes, les meilleurs fruits, les meilleurs légumes, du globe entier tous les meilleurs produits et toutes les meilleures richesses depuis longtemps,
Quand le reste de l’humanité subit la famine, croule sous la misère, s’entre-tue avec les armes fournies par ces mêmes blancs, qui pourtant, juste hier, des droits de l’homme dressaient une édifiante déclaration ;
Plutôt que de continuellement se chercher noise, de rester à échanger des phrases creuses qui puent le mensonge et l’emphase,

Nos gouvernements ne feraient-ils pas mieux de se tourner vers nous, de se pencher sur nos vrais problèmes, le chômage qui nos jeunes détruit, la cherté de la vie qui nous écrase ?
Ici, comme à côté, depuis belle lurette, à cor sur tous les toits on crie :  » C’est le plus beau pays du monde ! « , et chacun de nous sait que dans l’esprit des gens, c’est seulement une belle antiphrase ;
Car les problèmes que connaît la jeunesse maghrébine défraient tous les sondages, à tous les âges l’ignorance fait des ravages,

L’endoctrinement, le maintien et l’entretien de l’esprit superstitieux, l’injustice sociale, le favoritisme, la corruption, la censure, la crise de l’éducation, sont de la réalité de nos pays voisins le vrai visage,

Et si de ce clivage nous espérons un jour sortir, il nous faut désormais retrousser nos manches, cultiver notre jardin, car qui sème le vent récolte la tempête, comme dit l’adage ;
L’heure est venue d’asseoir des relations bi-latérales, jusqu’à quand des puissances occidentales allons-nous rester les vestales ?

Nos pays regorgent de tout, et entre frères, nous voulons jouir du droit d’aller à la rencontre de l’autre, de circuler, de travailler, d’habiter, de cohabiter,
D’échanger des compétences, d’assurer la complémentarité à nos économies conjointes en multipliant les transactions commerciales,

Et si nos parlements respectifs préfèrent roupiller, nos responsables faire la sourde oreille, il est de notre devoir, nous les peuples, de rétablir la parité ;
Il me semble avoir ouï des loups hurler, ces derniers temps, des deux côtés des frontières,

Ils revendiquaient des écoles, des hôpitaux, du travail, un peu plus d’équité sociale,
Qu’ils vivent dans les steppes marocaines, que solitaires ils errent dans le désert algérien, ils sont sur la même terre,
Celle des hommes libres, qui sont fiers et humbles, humbles mais qui n’ont rien perdu de la bravoure ancestrale…
Mohammed Talbi

Source : Facebook, 07/11/2021

#Algérie #Maroc #Maghreb

Visited 1 times, 1 visit(s) today

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*