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Complots «historiques» au Sahara occidental – Etude historico-militaire

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Par le colonel Salah Guerfi
Les origines historiques du colonialisme espagnol remontent à la conférence de Berlin qui portait sur le partage du continent africain entre les puissances coloniales européennes. Après avoir posé pied en territoire sahraoui, l’Espagne allait tenter, dès 1934, d’imposer son protectorat sur ce territoire. Jusqu’à la deuxième Guerre mondiale, la domination coloniale du Sahara occidental se limitait aux Frontières de la bande littorale
Face à cette occupation, les populations du Sahara occidental mènent plusieurs formes de résistances pour faire échec à de nombreux complots «historiques» par tous les moyens et méthodes légitimes et légaux auxquels ont recours les mouvements de libération à travers le monde. 
L’occupation espagnole 
Les grandes tribus du peuple sahraoui se sont soulevées contre l’occupant espagnol de manière intermittente mais ferme, à chaque fois que les conditions de résistance ont été propices. Les grandes révoltes (intifada) contre le colonialisme ibérique remontent, en fait, à 1957 avec l’offensive «d’Ifni», au cours de laquelle une force sahraouie avait pris d’assaut le poste colonial espagnol de la région. 
Pour l’histoire, les grandes tribus et communautés sahraouies avaient également soutenu la Révolution algérienne. Cette solidarité révolutionnaire et les frappes des militants sahraouis menées contre le centre colonial hispanique de Bir Moghrein, en janvier 1958, sont les raisons qui ont amené les autorités coloniales françaises à lancer une opération militaire importante, le 8 février1958, soit au même moment où a eu lieu la terrible agression de Sakiet Sidi Youcef, aux Frontières algéro-tunisiennes. L’occupation française avait baptisé «Ecouvillon» l’opération déclenchée à partir de Tindouf, aux Frontières algériennes avec le Sahara occidental, et ce, en coordination avec les autorités coloniales espagnoles qui, pour leur part, ont lancé l’opération «Ouragan», à partir du triangle Laâyoune – Boujdour – Dakhla, régions littorales. Les forces royales marocaines ont également pris part à cette alliance militaire pour permettre à Madrid de conserver la colonie du Sahara occidental. L’échec de cette campagne militaire conjointe a suscité une réaction du colonisateur espagnol qui a promulgué un «décret» stipulant que Saguia El Hamra et Oued Ed Dahab étaient, à fortiori, une «province espagnole»! 
Les résolutions adoptées par l’Assemblée générale des Nations unies, entre 1965 et 1968, notamment celles relatives à l’indépendance des colonies, ont affirmé le droit du peuple sahraoui à s’exprimer librement et demandé aux autorités coloniales espagnoles de prendre les mesures politiques et sécuritaires nécessaires à même d’ouvrir la voie au processus leur permettant de «mettre fin à leur occupation du Sahara occidental et entamer des négociations sur la question de l’indépendance de ces territoires». Ces résolutions onusiennes soulignent que la question de l’indépendance du Sahara occidental s’inscrit dans le cadre des efforts visant à l’organisation d’un référendum permettant au peuple sahraoui de s’exprimer librement et en toute transparence sur son droit à l’autodétermination. Mais les autorités coloniales espagnoles ont ignoré toutes ces résolutions. 
Le mépris par l’occupant du droit international et coutumier s’est confirmé une nouvelle fois. Les intentions et la cupidité de l’occupant s’étaient révélées au grand jour lorsque les autorités madrilènes ont décidé d’exploiter les richesses minières, notamment de Boukraâ, une région qui compte d’importantes réserves de phosphate dont la production rapporte des milliards de dollars. Face au mépris de l’occupation coloniale, les héros de la première génération de révolutionnaires, dignes fils du Sahara occidental, ont opté pour la résistance, afin de se libérer et d’arracher l’indépendance sous la bannière du Front de libération du Sahara (FLS), dont la création a été annoncée par les militants sahraouis, en 1968. 
Le peuple sahraoui sera ainsi mobilisé, le 17 juin 1970, pour l’une des plus grandes manifestations organisées à Laâyoune, revendiquant des autorités coloniales espagnoles, leur droit légitime à l’indépendance. Cette manifestation pacifique sera réprimée et ses meneurs arrêtés, à leur tête Mohamed Sid Brahim Bassiri qui succombera à la torture. La grande intifada populaire de Zemla a permis de mobiliser le peuple sahraoui autour de sa juste cause et de faire entendre sa voix sur la scène internationale, notamment aux Nations unies qui ont exprimé, à travers les résolutions de l’Assemblée générale, adoptées entre 1969 et 1972, leur attachement à la légitimité de la lutte du peuple sahraoui, et prôné la solution à travers l’organisation d’un référendum au Sahara occidental. 
L’Algérie œuvrait et continue d’œuvrer à apaiser le climat politique au Maghreb, à travers des démarches de rapprochement, à l’exemple de la signature, le 15 juin 1972, du traité de Rabat qui a valeur de reconnaissance officielle de l’invalidité des revendications marocaines sur certaines régions frontalières avec l’Algérie, la question a été définitivement résolue. La résistance sahraouie s’est trouvée renforcée avec l’avènement, le 10 mai 1973, du Front Polisario et de l’armée de libération du peuple Sahraoui qui ont engagé le combat sur le terrain contre les forces d’occupation espagnoles, à l’exemple de la bataille menée dans la région d’El Khanga, le 20 mai 1973, date de la déclaration de la lutte armée. Une résolution a été adoptée cette même année réaffirmant la pertinence des résolutions précédentes et définissant les responsabilités des Nations unies à l’égard de cette question, qu’elles considèrent avant tout comme une question de décolonisation. Le Maroc et la Mauritanie ont d’ailleurs voté ladite résolution, outre le fait que l’Espagne avait reconnu solennellement la juste cause du peuple sahraoui et son droit à l’autodétermination. 
L’intifada populaire sahraouie et la reconnaissance onusienne du juste combat du peuple sahraoui ont poussé le gouvernement colonial espagnol, après avoir échoué dans sa tentative d’annexer les territoires occupés à l’Espagne, à lancer le projet «Eté 1974», dans le but de faire échouer la résistance sahraouie et désamorcer la révolution du peuple par le projet d’«autonomie interne» au Sahara occidental, avancé surtout pour contrecarrer le Front Polisario. Par la suite, les autorités coloniales espagnoles se sont engagées, devant les Nations unies, à organiser un référendum au plus tard au milieu de l’année 1975. Les autorités marocaines et mauritaniennes n’ont pas attendu l’année 1975 pour dévoiler leurs vraies intentions quant au partage des territoires du Sahara occidental. 
En effet, le Maroc n’a pas hésité à employer les mots «fraude et fraudeur» dans des documents relatifs à une consultation déposée auprès de la Cour internationale de justice à propos de ses revendications sur le Sahara occidental. Ceci n’est guère surprenant, sachant que le royaume marocain avait déjà prétendu à un droit sur le territoire mauritanien et revendiqué certaines de ses parties, et n’a reconnu l’Etat mauritanien qu’en 1970. Dans les faits, le Maroc se préparait à envahir le Sahara occidental, vers la fin des années 1974, soit la veille de l’annonce par les autorités espagnoles de mettre fin à son occupation du Sahara occidental, le 14 novembre 1974. 
Le complot pour le «partage» maroco-mauritanien 
La campagne d’invasion par l’occupant marocain des territoires sahraouis a été lancée à compter du 31 octobre 1975 dont les troupes se sont infiltrées au sud, dans la région de Tifariti. Les unités marocaines ont engagé des batailles sanglantes à l’intérieur du triangle Haouz – Farsia – Jdriya, soutenues par les autorités coloniales espagnoles qui leur ont permis d’entrer dans la ville de Smara, au titre d’un accord bilatéral dans lequel la carte Ceuta et Melilla, les réserves de phosphate de Boukraâ et les ressources halieutiques avaient joué un rôle primordial, de sorte à servir les desseins et intérêts stratégiques impérialistes dans la région, représentés à l’époque par l’axe Rabat-Madrid-Paris. Ceci expliquerait que les autorités coloniales espagnoles aient annoncé leur volonté de se retirer du Sahara occidental, en novembre 1975, la veille de l’invasion effective du territoire sahraoui par le Maroc. 
Le complot a vu sa mise en œuvre à travers «la marche verte», suivie, quelques jours plus tard, par l’accord de Madrid (14 novembre 1975), en vertu duquel il a été conclu que le Maroc et la Mauritanie se partageraient les territoires sahraouis. Ainsi, l’armée sahraouie se battait, simultanément, sur deux Fronts distincts, le 28 novembre 1975, l’élite révolutionnaire sahraouie a tenu sa réunion historique à Galtat Zemmour dans le but d’unifier les rangs. A partir de décembre 1975, le Front Polisario a entamé le combat contre l’occupant marocain au Nord comme il a pris d’assaut les postes de l’armée mauritanienne au sud, au moment où Nouakchott tentait de «mettre à genoux le Sahara occidental pour permettre à son allié, le Maroc, de l’achever». 
Le Commandement révolutionnaire sahraoui annonce, le 27 février 1976, la création de la République arabe sahraouie démocratique (Rasd), à Bir Lahlou, en couronnement de la grande victoire obtenue par les révolutionnaires la veille, avec la prise et la restitution de la ville d’Amgala. Le premier gouvernement sahraoui a été constitué sous le commandement de Mohamed Lamine Ahmed et le défunt Mohamed Abdelaziz, président du Conseil de la révolution sahraoui. Du 7 au 9 juin, l’armée sahraouie a déclenché d’importantes frappes. L’offensive audacieuse menée par El Ouali Mustapha Sayed fut, en effet, l’une des plus violentes et audacieuses opérations militaires. Elle a eu lieu à 2000 km des bases arrière sahraouies et défia, ainsi, sur son propre territoire, les troupes Mauritaniennes, menaçant la capitale Nouakchott, après avoir ciblé le bureau du président mauritanien, Mokhtar Ould Daddah. 
Le bombardement aérien mené par l’envahisseur marocain a poussé la population locale des villes de Smara, Jdriya et Haouza à fuir vers les zones sud du Sahara. Pris de panique et de terreur, les Sahraouis, femmes, enfants et personnes âgées ont fui vers la région frontalière d’Oued Draa, près de Tindouf. Les opérations militaires de l’armée sahraouie ne se sont pas arrêtées avec le décès d’El Ouali Mustapha Sayed, tombé au champ d’honneur le 6 juin 1976, mais se sont plutôt intensifiées avec la grande offensive «El-Ouali Mustapha Sayed», déclenchée le 1er mai 1977 à Zouérat. 
Les opérations d’usure menées inlassablement par le Front Polisario contre, simultanément, les forces marocaines et mauritaniennes, ont amené les deux pays «alliés» à signer l’accord de défense commun. Ceci outre les renforts militaires sollicités par les autorités marocaines auprès de la France, à partir d’octobre 1977. Cette demande de renfort servira de prétexte à la France pour faire son entrée dans le conflit du Sahara occidental, avec une armada exceptionnelle. La vision floue de la situation stratégique mauritanienne, ajoutée à l’usure du trésor public, ont fini par jeter le doute sur la capacité de l’armée mauritanienne à résister plus longtemps. Ces facteurs objectifs ainsi que l’isolement du régime mauritanien sur les plans régional et international ont conduit à une détérioration de la situation en Mauritanie couronnée, le 10 juillet 1978, par le renversement du président Moktar Ould Daddah, auquel a succédé le colonel Mustapha Ould Salek. 
En réaction, le Front Polisario annonça une trêve unilatérale, exprimant ainsi sa bonne foi pour le rétablissement de la paix avec les nouvelles autorités en place en Mauritanie. Les groupes révolutionnaires sahraouis ont opté pour la guerre d’usure et œuvré à l’épuisement tactique de l’ennemi, comme en témoigne l’offensive «Houari-Boumediene», exécutée par des unités du Polisario en janvier 1979. L’opération a visé la zone minière de Boukraâ, la base logistique marocaine de Tan-Tan et le nord d’Ouarkziz, une région supposée hors d’atteinte, étant au cœur même du territoire marocain ! L’effort militaire mauritanien fut un échec en raison des opérations et fini par user l’armée mauritanienne qui a failli s’effondrer. 
D’autre part, le commandement mauritanien n’a pas tardé à prendre conscience que la destitution du président Ould Daddah n’était pas, à elle seule, suffisante pour améliorer la situation en Mauritanie au bord d’une grave crise sociale, en raison de l’existence de forts liens tribaux entre la Mauritanie et le Sahara occidental, de Nouakchott à Laâyoune. Ces liens démontrent le poids des relations sociales et spirituelles et l’impact que le Polisario pouvait exercer sur la Mauritanie profonde et sur l’ensemble du pourtour politique de la région. Aussi, les autorités de Nouakchott ont préféré la paix en signant avec leurs homologues sahraouis «L’accord d’Alger pour la paix», le 5 août 1979, la veille de l’adoption, par l’Organisation des Nations unies, d’une des plus importantes résolutions qui reconnaissait le Front Polisario comme représentant légitime du peuple sahraoui. 
Par ailleurs, le Front Polisario a pu contrôler les deux tiers des terres sahraouies. L’année 1979 a été un véritable désastre pour les forces marocaines : les forces sahraouies avaient pris le contrôle de la base marocaine de Lebouirate, le 24 août, lancé une offensive sur Smara et occupé la région de Mahbes, le 14 octobre 1979. Les offensives sahraouies se sont poursuivies à travers la grande offensive «Houari-Boumediene», qui a pris l’aspect d’une guerre de positions, menée dans les régions de Smara, Mahbes, Jdriya et Amgala et d’autres régions que la République sahraouie a pu libérer après avoir neutralisé des centaines de soldats marocains. 
Les forces d’occupation marocaines ont été forcées de se retrancher à l’intérieur du triangle Hagounia – Smara – Boujdour, maintenant leur emprise sur les grandes villes sahraouies qu’elles ont isolées dans le but d’en faciliter le contrôle et de resserrer l’étau sur les citoyens à l’intérieur de ces villes, dans l’espoir de les couper de la Révolution. Pour ce faire, les autorités marocaines ont également fait construire des «murs de séparation», en terre ou en sable, servant d’obstacles et de lignes de défense pour les unités du Makhzen. Le commandement militaire marocain a cherché à lancer une opération d’envergure, sauf que les troupes engagées sont tombées dans une embuscade tendue par l’armée sahraouie. Pas moins de 200 militaires marocains ont été faits prisonniers et les détachements d’intervention rapide se sont retrouvés coincés aux sommets des montagnes Ouarkizaz et Oued Draâ, aux mois d’avril et mai de l’année 1980. 
En parallèle, les efforts du commandement politique sahraoui ont porté leurs fruits. En décembre 1980, les autorités espagnoles ont fini par reconnaître le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. L’offensive surprise menée par l’armée sahraouie contre les positions et les postes de l’occupant ont été profitables, mettant en échec le plan de ratissage que les forces marocaines ont tenté d’exécuter, restées figées dans leurs positions et forcées de se retrancher derrière la première ligne de défense, en février 1981. L’isolement politique et diplomatique du royaume chérifien, notamment au sein de l’Organisation de l’Unité africaine, l’ont poussé, lors de la tenue du sommet de Naïrobi, en juin 1981, à accepter, en apparence, le référendum au Sahara occidental et le règlement pacifique de la question. Les offensives sahraouies ont ciblé plusieurs points forts du «mur de séparation», construit par l’occupant. Les unités du Polisario ont frappé avec force au cours du mois de juillet 1982 et les opérations ont connu également une nette recrudescence en 1983, à l’intérieur de «la ceinture de défense» entourant les villes de Laâyoune, Smara et Boukraâ. 
Le complot du royaume marocain 
Face à l’échec militaire cuisant des forces d’occupation au cœur du Sahara occidental, suivi de certains bouleversements qui ont secoué le palais royal, avec cette tentative de renversement conduite par le général Dlimi, la diplomatie du royaume a décidé d’opter, en matière de politique étrangère, pour la désinformation et la manipulation, dans une tentative de faire croire à l’opinion publique internationale que le fond du conflit résidait dans la rivalité entre le Maroc et l’Algérie, nourri par un prétendu litige frontalier et le problème du traçage des Frontières entre les deux pays ! Les manipulations politiques marocaines visaient à semer la discorde et la division entre les membres de l’Organisation de l’Unité africaine, notamment lors des rencontres de Nairobi et de Tripoli, et ce, jusqu’à la tenue, en juin 1983, du sommet d’Addis-Abeba où l’organisation panafricaine a clairement reconnu qu’il s’agissait d’un conflit opposant deux parties : le royaume chérifien et le peuple sahraoui. 
Pour les membres de l’OUA, cette perception du problème devait conduire au règlement du conflit opposant le Maroc à la RASD. La diplomatie algérienne avait eu un grand mérite dans la clarification des faits à l’opinion publique continentale et internationale comme elle a œuvré, à travers certains contacts avec le royaume chérifien (notamment la rencontre au sommet entre le roi Hassan II et le président Chadli Bendjedid en février 1983), à unifier et à consolider la cohésion maghrébine, à écarter les causes de la discorde et de la division entre les frères. Notre pays a prouvé à maintes reprises qu’il était très loin de vouloir entrer en conflit avec ses voisins, que ce soit pour des raisons frontalières ou autres. 
La reconnaissance internationale de la République arabe sahraouie démocratique (Rasd) s’est poursuivie et les démarches politiques africaines vont être couronnées par la Résolution de juin 1983 appelant le Polisario et le royaume marocain à s’asseoir à la table des négociations. Sur le terrain, les forces du Makhzen ont œuvré pour que «la deuxième ligne de défense» s’étende d’Amgala à Khribichet. Les travaux ont été achevés en février 1984, date à laquelle la Mauritanie a fini par reconnaître officiellement le Front Polisario. Puis «la Troisième ligne de défense», protégeant les villes stratégiques de Jdriya et Haouza, a été érigée à partir de mai 1984, à la veille de l’offensive du Polisario sur le port et les infrastructures minières de Laâyoune. Le royaume a tenté de mette fin à son isolement politique sur les plans régional, continental et international, à travers l’axe Rabat-Tripoli et le «traité d’union», signé à Oujda, en août 1984. 
En réponse à ces actions provocatrices et démarches expansionnistes, y compris au nord-ouest du Sahara occidental, le Polisario a lancé une offensive historique, baptisée «L’offensive du Maghreb arabe», le 13 octobre 1984, qui durera plus de deux ans. Le commandement militaire marocain s’est alors attelé à construire «la quatrième ligne de défense», dans le but de resserrer l’étau sur les unités et les forces sahraouies et les obliger à reculer vers les Frontières algériennes et mauritaniennes. Ceci, la veille de la décision de l’Organisation de l’Unité africaine d’entériner l’adhésion de la République arabe sahraouie et de l’accueillir en tant que 51e membre, le 12 novembre 1984. Le royaume a alors entrepris la construction d’un autre mur, comme si les troupes marocaines étaient destinées principalement à déployer leur énergie à de pénibles missions de travaux publics ! L’année 1985 s’est achevée par la condamnation par les Nations unies de l’invasion marocaine du Sahara occidental. L’Assemblée générale des Nations unies a adopté le plan de paix soumis par l’OUA, qui a considéré que la question sahraouie était une lutte de libération s’inscrivant dans le cadre de la décolonisation du continent africain. Les offensives de l’armée sahraouie se sont poursuivies à l’exemple de l’attaque d’envergure menée en février 1987, qui coïncidait avec le 11e anniversaire de la création de la République arabe sahraoui démocratique. 
Lors de cette offensive, l’armée du Polisario a réussi à détruire des points d’appui, occuper certaines de ces zones et neutraliser d’autres. La République arabe sahraouie démocratique continue de s’imposer sur les scènes et les tribunes internationales. En 1988, 71 Etats l’avaient reconnue. En août de la même année, les autorités marocaines ont été amenées à accepter le plan de paix UA-ONU portant instauration du cessez-lefeu et qui impose une période de transition, durant laquelle les territoires sahraouis devaient être placés sous le contrôle des Nations unies. Le Maroc a exprimé «sa volonté» de coopérer avec M. Pérez De Cuellar, alors secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, pour faire aboutir les démarches de l’organisation onusienne, en coordination avec l’Organisation de l’Unité africaine, et étudier les propositions pour entamer les pourparlers du cessez-le-feu et l’organisation du référendum. 
Le défunt Mohamed Abdelaziz, secrétaire général du Front Polisario et président de la République arabe sahraouie démocratique, s’est exprimé sur la teneur des contacts établis entre le Front Polisario et le Maroc, lors de «la rencontre de Marrakech». Il en a expliqué le contenu et résumé les principaux objectifs attendus avec le Maroc. Rabat se trouvait devant deux options, soit des pourparlers sur les conditions du référendum, y compris le retrait de l’armée, l’administration marocaine et le statut des ressortissants marocains, soit des négociations portant sur le règlement lui-même, bien que les garanties de consultation électorale demeuraient la question axiale de ces rencontres et pourparlers. 
Le Front Polisario a prouvé les bonnes intentions politiques et diplomatiques de la République sahraouie à travers son initiative unilatérale de libérer un premier groupe de prisonniers marocains de 200 personnes. Il a fait preuve également de volonté à négocier et à arriver à un règlement pacifique et juste de la question, en exhortant les autorités marocaines à avancer dans le processus de paix qui, effectivement, s’est achevé avec le cessez-le-feu annoncé par le général canadien Armand Roy, dans la ville de Laâyoune, le début du déploiement des Casques bleus et leur arrivée aux positions du Polisario à Bir Lahlou et Tifariti, dans le cadre d’une mission des Nations unies pour l’organisation du référendum au Sahara occidental (Minurso). 
Les premières années de la décennie 1990 ont été marquées une nouvelle fois par les tergiversations du royaume marocain, qui s’ingénia à multiplier les obstacles et des différends sur l’identification et l’inscription des électeurs. Ces manœuvres ont fini par geler le référendum au Sahara occidental, un fait confirmé par l’ancien secrétaire général onusien, Boutros Ghali, qui a souligné dans son rapport soumis au Conseil de sécurité que ces difficultés étaient: «liées particulièrement au fait que les autorités marocaines s’opposaient à la participation d’observateurs de l’Organisation de l’Unité africaine dans l’opération d’identification du corps électoral sahraoui.» Le royaume marocain ne s’était pas contenté de cette arrogance mais il alla jusqu’à se lancer dans des campagnes étranges à l’encontre de l’Algérie, qui a toujours montré son attachement au principe du droit des peuples à l’autodétermination. Pis encore, il a imposé des visas aux Algériens désirant visiter le Maroc, un acte qui a conduit à la fermeture des Frontières entre les deux pays. Le Front Polisario a accompagné les différentes initiatives pacifiques, dans le respect des principes et des textes de la communauté internationale, et a défendu avec fermeté sa position concernant le référendum populaire d’autodétermination et l’avenir du peuple sahraoui, et ce, conformément au plan de règlement initié, au temps de Pérez De Cuellar, et devant aboutir en 1996 à l’autodétermination du Sahara occidental. Mais le Maroc a œuvré à faire échouer cette initiative, en poursuivant sa politique d’atermoiements, notamment au sujet de la question du recensement et de l’identification de la population sahraouie. 
Les pourparlers directs entre le Maroc et le Front Polisario ont eu lieu à Houston (Texas), au cours du mois septembre 1997. Cependant, ils ont échoué, une nouvelle fois, à cause de l’entêtement de la partie marocaine. Le Front Polisario a réalisé une avancée vers le règlement pacifique de la question sahraouie, après la reprise des négociations, suspendues pendant plusieurs années. Toutefois, l’euphorie sera de courte durée, la démission inattendue de l’envoyé spécial des Nations unies, Kohler, aura paralysé l’initiative onusienne, renvoyant aux calendes grecques le règlement du conflit ainsi que la prorogation de la mission onusienne au Sahara occidental. Le Maroc a profité de la résistance pacifique du Sahara occidental pour sauvagement réprimer la résistance des Sahraouis à Assa, au sud du Maroc, en septembre 1992 et 1993, mais aussi en 1997, dans la région de Lamsid, dans les environs de Tan-Tan, jusqu’à l’insurrection de 1999 et d’autres formes de résistance pacifique, auxquelles l’occupant a répondu par le massacre, l’expulsion, les enlèvements, la torture, les déplacements… 
La campagne expansionniste et d’occupation marocaine s’est achevée par la récente offensive de Guerguerat sur laquelle, ironie du sort, le commandement sahraoui n’a eu de cesse d’alerter la communauté internationale depuis 2015. L’invasion par le Maroc de la région de Guerguerat, située en dehors du mur de séparation, est une violation de l’accord militaire N° 01 entre la Minurso et les deux parties en conflit. Cet accord «fixe les attitudes et les procédures devant être respectées par les deux parties» dans le cadre de l’application des dispositions du cessez-lefeu, entrées officiellement en vigueur le 6 septembre 1991. L’accord militaire avait défini des restrictions à l’activité militaire à l’intérieur des régions et à l’ensemble des activités soumises à l’accord des autorités de la Minurso aux régions à restrictions définies, sauf que le Maroc n’a guère respecté ses engagements et a poursuivi ses actions expansionnistes aux frontières sahraouies afin de modifier le statu quo et réduire à néant les efforts pacifiques. Ce que le président de la RASD, Brahim Ghali, avait confirmé dans un courrier adressé, le 15 août, à M. Ban Ki-moon, alors secrétaire général de l’ONU, pour mettre un terme aux violations marocaines de l’accord par son invasion de la région de Guerguerat.
El Djeïch n° 697, août 2021
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