Algérie : A chacun midi à sa porte

par Abdou BENABBOU

On ne doit pas préjuger de ce que produira la journée d’aujourd’hui. Sauf que le peuple algérien s’est réveillé ce matin dans un carrefour avec des prédispositions contraires rendant difficile l’acte de se conformer avec sa conscience, tant il est certain que l’avenir est très flou. La lassitude est palpable, étalant un ras-le-bol manifeste, pas tant contre des hommes que contre un trop lourd malaise national, parce que citoyens et dirigeants n’arrivent pas à trouver la parfaite solution pour rassurer tout le monde.

Libre à chacun d’avoir midi à sa porte, et chacun a la latitude de se nourrir de ses propres vérités. Aller voter ou non est une question de libre conscience personnelle et chacun est responsable de sa décision. Mais réclamer à cor et à cri cette liberté de conscience et en même temps utiliser la violence pour s’y opposer est d’une lourde contradiction en total porte-à-faux avec le fondement même des revendications formulées depuis la nuit des temps.

Aucune loi ne contraint le citoyen à aller voter, mais il est dommageable qu’une autre soit imposée par la rue et la force pour l’empêcher d’aller aux urnes. Une telle formulation par la violence pousserait le Hirak à se mordre la queue et le viderait de sa consistance et de ce pourquoi il est né.

Contraindre l’unanimisme d’où qu’il vienne est une dangereuse recette pour un peuple, et l’on sait ce qu’il lui en a coûté en s’y pliant depuis l’indépendance. Le rabibocher et le reprendre à son compte avec gourdins et jets de pierres de la part de ceux qui, paradoxalement, le décrient est se mettre au niveau d’une unicité partisane qui a mené le pays vers la catastrophe.

L’homogénéité citoyenne ne répond jamais à une science exacte. Pas du tout dupe, le peuple sait différencier entre le bon grain et l’ivraie. Il n’a pas besoin de calculatrice pour aller vers son intérêt. Pour peu qu’on lui laisse la liberté de choisir ce qui lui convient pour tracer son destin. Libre à lui d’aller voter ou de s’abstenir.

Le Quotidien d’Oran, 11 déc 2019

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