« La ministre a conscience que les droits sont bafoués »

Débat ensemble 05, 11/12/2019

Recueilli par Y.G.

La ministre de la Justice Nicole Belloubet a félicité l’association Tous Migrants, représentée par Stéphanie Besson pour ses actions de solidarité à la frontière… alors même que des maraudeurs sont traduits en Justice. « C’est schizophrène » relève l’association.

L’association Tous Migrants a reçu hier à la Chancellerie une « mention spéciale » lors de la remise du Prix des droits de l’homme.

« Nous sommes à la fois fiers et en colère » tempèrent les militants qui viennent en aide aux migrants à la frontière. Tous Migrants a reçu les honneurs de la République, sous les ors de la Chancellerie. Stéphanie Besson, cofondatrice de l’association, s’est rendue hier à Paris pour recevoir ce Prix des droits de l’homme tout en dénonçant l’incongruité de la situation. « La ministre de la Justice a salué l’action d’une association dont les membres sont inquiétés par la Justice. C’est une démarche schizophrène ».

L’association Tous Migrants a été primée par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), qu’avez-vous ressenti au moment de recevoir ce prix ? « Beaucoup d’émotion. Parce que ce prix, c’est la réitération de ce qu’on avance depuis quatre ans ; à savoir la violation des droits des exilés à la frontière. On l’a dit à maintes reprises et maintenant la CNCDH le confirme. Pour nous, ça a du sens que la ministre de la Justice ait pu l’entendre ».

Avez-vous pu discuter avec la ministre de la Justice à ce sujet ?

« Non, pas vraiment. Le protocole n’a pas permis d’échanger avec elle sur la question. Après son discours sur l’universalité des droits de l’homme nous avons tout de même pu lui remettre un dossier présentant nos actions et notamment les maraudes ». Dans son discours, la ministre de la Justice a salué l’action des militants qui défendent les droits de l’homme.

Comment avez-vous accueilli ces félicitations ?

« Le fait que Nicole Belloubet vienne nous délivrer cette récompense en personne, c’est qu’elle a conscience que les droits de l’homme sont bafoués en France. C’est déjà une avancée. Mais la ministre a salué l’action d’une association dont les membres sont inquiétés par la Justice. C’est une démarche schizophrène ».

La CNCDH est une autorité indépendante et la ministre n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler « certains désaccords parfois soutenus ».

En définitive, que faut-il conclure de cette remise de prix ? « Nous retenons le courage de la CNCDH. Ils sont venus voir notre action sur le terrain et, eux aussi, dans leur rapport ils ont dénoncé les pratiques policières à la frontière. La traque à l’homme noir, l’abandon de personnes affaiblies en milieu hostile, la mise à la rue de mineurs sans protection, les maltraitances psychologiques et physiques, les humiliations répétées, les privations de libertés, les intimidations… tout cela nous le condamnons depuis quatre ans et désormais notre légitimité d’actions prend tout son sens ». Les forces de l’ordre restent dans votre collimateur… « Le devoir de fraternité s’est retrouvé criminalisé. Alors ce prix, il est pour tous les courageux. Ce prix, il remet en cause les pratiques actuelles de l’État français envers les exilés.

Il y a quatre ans, nous n’étions que de simples montagnards regardant en face la réalité migratoire, exerçant le devoir d’assistance à personne en danger. Devions-nous fermer les yeux et nos portes ? »

« Je salue le choix de la Commission nationale consultative des Droits de l’homme (CNCDH) d’avoir mis à l’honneur du palmarès 2019 la solidarité dont font preuve les bénévoles qui portent secours aux migrants en perdition. Mais je vois dans cette distinction remise à l’association briançonnaise par la garde des Sceaux Nicole Belloubet une forme de schizophrénie de la part de l’Etat pris au piège de ses propres contradictions. Décerner une récompense à une association qui œuvre pour secourir des migrants en danger à la frontière franco-italienne apparaît assez paradoxal lorsque l’on sait que plusieurs membres de cette même association ont été poursuivis pour les mêmes raisons. Cette reconnaissance au titre du devoir de fraternité illustre toute l’ambiguïté de la politique de l’État à l’égard du droit des exilés à la frontière franco-italienne ».

« L’universalité des droits de l’homme n’est pas négociable. Nous avons un devoir de solidarité, un devoir de protection. Au nom du Gouvernement, j’adresse à tous les lauréats toute ma gratitude et mes chaleureuses félicitations pour leur courage, leur dévouement au service de l’autre. Dans des conditions parfois difficiles, ils œuvrent pour ériger les principes des droits de l’homme en une réalité »

Solidarité Maroc, 10 déc 2019

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