Mohammed VI poursuit ses longues vacances. Qui gouverne vraiment le Maroc ?

Pendant les vingt ans de règne de Mohammed VI, le peuple marocain a eu l’occasion de constater le goût de son roi pour les affaires et les longues vacances. Un sujet tabou au Maroc. Le premier à en parler, Ali Anouzla, a été contraint d’éviter le sujet en raison du harcèlement par la justice marocaine.

Ses absences ont été abordées par le journaliste espagnol Ignacio Cembrero (1) dans un article publié le 15 mai 2018 sur le site Orient XXI. Sous le titre de « L’inconcevable abdication de Mohamed VI », il révélait, l’étrange situation politique vécue au « royaume chérifien » dont le pouvoir est détenu par un roi qui s’est absenté du pays pendant 9 mois sur 12 durant.

Ignacio Cembrero indique que « pendant les quatre premiers mois de l’année, [Mohamed VI], a passé moins de vingt jours [au Maroc]. Il ajoute, et cela nous l’aurions deviné, « ses absences fréquentes et prolongées paralysent […] le royaume et créent une situation intenable […], car le chef de l’Etat marocain détient presque tous les pouvoirs. » Au point où l’auteur de l’article, très bon connaisseur du Maroc, se pose cette question : « Va-t-il finir par renoncer au trône ? » Il écarte, pour le moment, cette éventualité à cause de l’âge « du prince héritier qui n’a que 15 ans».

Les longues absences royales continuent mais elles ont changé de cadence. En quête de discrétion sur ses voyages, il multiplie les apparitions sans pour autant renoncer à ses loisirs. Les derniers en date, sa villégiature chez ses amis Ali Bongo et Alassane Ouattara. Depuis quelques temps, le souverain marocain évite Paris et Dakar, les relations avec ces deux pays n’étant pas au beau fixe.

Dès lors, nous ne pouvons que comprendre l’anarchie qui règne au plus haut sommet de l’Etat et la place prise par les porte-flingue du Makhzen, notamment le véritable roi du Maroc, l’ami intime de Mohammed VI et son premier conseiller, Fouad Ali El Himma dont la tête a été revendiquée par le mouvement 20 Février lors des manifestations du printemps marocain.

La monarchie marocaine connaît une crise de régime profonde liée, pour une grande part, aux longues absences de Mohamed VI qui, selon Ignacio Cembrero, « souhaite jouir davantage de la vie, loin des contraintes que le protocole impose au Maroc au chef de l’Etat. » D’après l’auteur de « L’inconcevable abdication de Mohamed VI », celui-ci « dispose d’une porte de sortie honorable : sa santé ».

Le Maroc profond paye le prix de cette vacance de pouvoir. Les inégalités sont de plus en plus dénoncées. Les classements du pays dégringolent et la répression a atteint des niveaux intenables, notamment contre la presse indépendante. La seule finalité du régime est devenue la lutte contre le PJD en vue d’imposer son nouveau pion, le ministre de l’agriculture et de la pêche, Aziz Akhannouch.

(1) Ignacio Cembrero, Journaliste espagnol, il a couvert le Maghreb pour le journal El País pendant quatorze ans. Igrand connaisseur du Maroc. Il est l’auteur de Vecinos alejados (Galaxia Gutenberg, 2006), un essai sur les relations entre le Maroc et l’Espagne.

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