Algérie : Le choix de la paix civile

S’il ne faut en juger que par le taux de suivi très faible (à Alger tout au moins) du mot d’ordre, certes anonyme, appelant à la grève générale pour hier le 8 et jusqu’au 12 décembre, date du premier tour de la présidentielle, on serait tenté de conclure que le taux de participation au scrutin serait lui par contre important.

A ce point peut-être qu’il battrait le record de participation de toute l’histoire électorale du pays, encore que celle-ci ne soit ni suffisamment riche ni particulièrement fiable. Et ce serait probablement aller vite en besogne. Certes, ce n’est pas la première fois qu’un appel à la grève générale dans le cadre de ce qu’on appelle le hirak se solde par un bide.

Il y a eu un précédent, ayant pris place, on s’en souvient, à ses débuts, et qui déjà avait montré qu’il n’était entraînant que pour autant qu’il n’impose nul désagrément à son monde. Or il n’y a pas eu que ce premier échec, il y en a un deuxième, différent du premier en ceci que lui n’a jamais dépassé le stade de l’intention ou de la menace. C’est l’appel à la désobéissance civile, une arme plusieurs fois brandie mais jamais mise en œuvre. Son cas n’en est pas moins significatif, car il est clair qu’elle aurait été employée s’il y avait eu une seule chance qu’elle produise son effet.

Cette double leçon n’a jamais été perdue de vue par les éléments les plus actifs de ce mouvement à nul autre pareil. C’est ce qui explique qu’ils aient attendu les derniers jours précédant la tenue du scrutin dans le pays, celui-ci ayant déjà commencé à l’étranger, pour appeler de nouveau à la grève générale.

La réalité, c’est qu’ils n’avaient plus guère le choix. Ils devaient faire ce pari, prendre ce risque, sinon ce serait pour eux comme reconnaître déjà avoir perdu pour de bon la partie commencée un certain 22 février. Ils ont tenté leur chance, avec le résultat décevant pour eux que l’on sait dès à présent, même si leur appel est censé courir jusqu’au 12. Une grève générale qui ne commence pas fort est en fait mort-née. Elle n’a pas débuté à l’heure prescrite, c’est qu’elle a échoué et définitivement.

Dès aujourd’hui 9 décembre, elle appartient au passé. Encore qu’elle puisse avoir eu une traduction plus ou moins appréciable ici ou là dans le pays, en Kabylie notamment, où ses tenants ont pu être plus actifs et par conséquent plus convaincants. Il ne serait d’ailleurs pas étonnant que les «groupes de contrainte» préconisés par le MAK aient trouvé là l’occasion de faire leurs premières armes. Reste que si les hirakistes ont encore une fois lamentablement échoué à paralyser le pays, eux qui pourtant prétendent être non seulement en phase avec le peuple, mais ne faire qu’un avec lui, cela n’implique pas automatiquement une participation exceptionnelle pour le 12 décembre.

Le bide de la grève générale n’a pas pour seule traduction un vote massif le jour «J». Le scénario le plus probable pourrait bien se situer entre les deux, entre le bide de l’appel à la grève générale et une participation franche et massive pour le 12. S’il faut se risquer à avancer un pronostic, une participation entre 30 et 40% serait assez en harmonie avec l’état général de l’opinion nationale telle qu’il est possible de se le représenter sur la foi de l’enchaînement des faits les plus notables depuis le mois de février.

D’autant qu’il suffit d’admettre ce constat indéniable que le pays n’est pas en révolution, qu’il ne l’a été à aucun moment depuis le 22 février, pour en venir à une conclusion qui ne soit excessive ni dans un sens ni dans l’autre.

En somme, les Algériens tenus de choisir entre deux partis pris bien tranchés pourraient avoir déjà préféré de couper la poire en deux, de renvoyer d’une certaine façon les deux camps dos à dos, mais tout en donnant une prime à la stabilité, à la paix civile. Quelque chose qui à leurs yeux n’a pas de prix et qu’en conséquence ils ont placée au-dessus de tout.

Le Jour d’Algérie, 9 déc 2019

Tags : Algérie, Hirak, élections, présidentielles,