Lyautey et l’Afrique du Nord : de Nancy à Rabat.

CR Michel Marchand, d’après la conférence de Jean Pierre Pister, pour l’IMRA en octobre 2016.

Hubert Lyautey nait en 1854 à Nancy. La famille appartient à la bourgeoisie nancéienne par son père, à la petite aristocratie provinciale par sa mère. En mai 1856 alors que se déroule la parade pour la naissance du prince impérial, la nourrice la laisse tomber du 2e étage du grand hôtel sur la place Stanislas qui appartenait à sa grand-mère maternelle.

L’enfant âgé de 18 mois souffre de divers traumatismes et devra passer une partie de son enfance allongé ce qui lui donnera le gout de la lecture. Il fréquente le lycée de garçons de Nancy, puis son père étant nommé haut fonctionnaire à Dijon, il part à l’internat de Sainte Geneviève à Versailles pour préparer polytechnique. Mais peu doué en mathématiques, il réussit à convaincre son père de le laisser bifurquer vers Saint Cyr où il est admis en 1873 et dont il sort lieutenant d’état-major en 1878.

A l’école, ses idées politiques le classent dans les tenants de la monarchie légitimiste. Il se sent proche aussi de Fréderic Le Play et d’Albert de Mun qui voient dans le christianisme la réponse aux questions sociales.

Du 3 février au 5 mai 1878, Lyautey se rend pour un voyage de tourisme en Algérie. Si Alger le déçoit, il découvre avec émerveillement le désert, les ruines romaines, les traditions et commence à apprendre l’arabe.

En octobre 1880, il obtient d’être envoyé en garnison à Orléansville au 2e hussard puis rejoint l’état-major à Alger en mars 1881. En Algérie il a noué des contacts avec les notables musulmans, appréciant une société où il croit retrouver l’esprit qui animait la noblesse d’autrefois en France. Il s’est notamment lié avec Mustapha pacha, petit-fils du dernier dey d’Alger. Il considère comme des erreurs la nomination d’un gouverneur civil, surtout en la personne d’Albert Grévy, frère du président, et la départementalisation introduite en 1879.

Mais malade, il doit être rapatrié en octobre 1882 et se trouve muté avec le grade de capitaine à Bruyères dans les Vosges. En 1883, il voyage en Italie où il rencontre le pape Léon XIII et en Autriche où il rencontre le comte de Chambord peu de temps avant sa mort. Chef d’escadron, il rejoint Gallieni au Tonkin en novembre 1894 et le suit à Madagascar en 1897. Il est promu colonel en 1900.

Ses idées sur le rôle civilisateur de l’armée exprimées dans Le rôle social de l’officier en 1891 ont attiré l’attention sur lui comme ses prises de position en faveur du service militaire obligatoire.

En 1903 promu général de brigade, il est envoyé à Ain Sefra, à la frontière entre l’Algérie et le Maroc. Il se distingue dans l’organisation des secours lors d’inondations catastrophiques au cours desquelles meurt l’aventurière Isabelle Eberhardt à laquelle il fera édifier une sépulture.

Le parti colonial avec le député oranais Eugene Etienne, ministre de la guerre de novembre 1905 à octobre 1906 pousse à la conquête du Maroc avec le soutien du gouverneur général nommé en 1900 : Charles Jonnart et de Lyautey.

En octobre 1906, Lyautey occupe Bou Denib contre l’avis du ministre des affaires étrangères Gabriel Hanotaux. La chambre des députés l’approuve. Malgré les réserves du ministre de la guerre Picquart, Il est nommé général de division en 1906, prenant son commandement à Oran. Il y joue un rôle important dans la vie culturelle. Il s’entend très bien avec le gouverneur général Jonnart, démissionnaire pour raison de santé en 1901 puis réintégré dans son poste de 1903 à 1911.

Depuis 1905 le Maroc est devenu un enjeu de la rivalité des grandes puissances. La frontière est floue et le sultan doit faire face à l’insoumission de nombreuses tribus. En 1908, Lyautey y a fait une reconnaissance, rencontrant un autre lorrain, Charles de Foucauld qui a établi sa mission à Beni Abbes. Il est nommé haut-commissaire pour les confins algero-marocains en 1908.

Il se marie à Paris en octobre 1909 avec Ines de Bourgoy, veuve d’un colonel, rencontrée à Casablanca. En 1910, il retrouve à son grand dam la métropole à Rennes comme général de corps d’armée.

En 1912, les accords avec l’Allemagne et l’Espagne donnent les mains libres à la France au Maroc qu’elle va transformer en protectorat. Lyautey y est nommé résident général le 28 avril 1912. Il remplace le sultan Moulay Hafid par son fils Moulay Youssef plus docile. Sa mission est officiellement de préparer le Maroc à l’indépendance. Il respecte le sultan et les traditions mais le grand vizir perd tout pouvoir réel sur l’administration. Il préfère à Fès, Rabat au bord de la mer et pousse le sultan à s’y installer. L’architecte Albert Laprade est chargé de construire la résidence et un quartier européen.

En décembre 1916, Briand propose le ministère de la guerre à Lyautey qui accepte sans grand enthousiasme laissant sa place au Maroc au général Gouraud qui a pacifié le sud. Mais il se rend vite compte qu’il n’a pas de prise sur les commandants de l’armée. Il suggère à la conférence de Rome un commandement unique face à l’Allemagne, idée qui ne sera réalisée qu’en 1918 au profit de Foch. Il démissionne le 14 mars 1917, un jour avant le départ de Briand lui-même .Il retrouve sa place de résident général au Maroc. Son prestige est grand auprès des musulmans qui le considèrent comme un protecteur de l’Islam. Il protège les villes indigènes en interdisant aux européens de s’y installer et en faisant construire des quartiers européens séparés comme le Gueliz à Marrakech. Il interdit l’accès des mosquées aux non-musulmans.

A Paris il obtient la construction de la grande mosquée inspirée de la Karaouine de Fès, inaugurée en 1926 par le président Doumergue et le sultan Moulay Youssef et de l’Institut musulman de Paris. Il tente en vain de faire admettre le Maroc à la SDN. Cependant en 1921 a éclaté une grande révolte dans le Rif espagnol sous Abd el Krim qui a proclamé la république du Rif en 1922. Le gouvernement du cartel des gauches se méfie de Lyautey et décide de placer les troupes au Maroc sous le commandement du maréchal Pétain. Lyautey préfère démissionner et rentrer en France en 1925. Il est remplacé en octobre 1925 par Theodore Steeg, austère politicien qui avait été plusieurs fois ministre et gouverneur de l’Algérie en 1921-1925.

Poincaré charge en 1927 Lyautey de préparer la grande exposition coloniale de Paris de l’été 1931 en tant que commissaire général. Ce sera un succès triomphal avec 33 M. de visiteurs. Le château de famille de Crevic ayant été détruit par les Allemands pendant la guerre, Lyautey a fait édifier un château à Thorey où il reconstitue un décor marocain. Il y meurt en 1934 à 79 ans.

L’année suivante ses dépouilles sont envoyées au Maroc où un mausolée lui est consacré dans la cour de la résidence à Rabat. Mais le Maroc devenu indépendant, le roi Mohammed V suggérera à la France le rapatriement du corps de Lyautey que le général de Gaulle fera accueillir aux Invalides (mai 1961). Héritier du château de Lyautey, son neveu Pierre Lyautey le léguera à une fondation chargée d’entretenir le souvenir du maréchal.

Bibliographie

Rivet : Le Maroc de Lyautey à Mohammed V

André le Reverend : Lyautey

Arnaud Teyssier : Lyautey

Vermeron : Histoire du Maroc depuis l’indépendance : Le Maroc en transition

: La France en terre d’islam

Source : Histoire et patrimoine lorrains

Tags : Maroc, Maréchal Lyautey, colonisation, Moulay Hafid, Moulay Youssef,