Algérie – Question de bon sens

« Le pouvoir ferait donc mieux d’agir et de réagir avec plus de souplesse face une population sublime de sagesse et de détermination. Cela couperait l’herbe sous les pieds des ennemis de la patrie, les priverait de leurs arguments usuels, et permettrait même, à terme, de renouer normalement et pacifiquement avec la voie constitutionnelle et électorale ».

Par Mohamed Abdoun

Franchement, que dire sur la manif d’hier. Rien, ou presque. L’Algérien, certes, rejette foncièrement toute ingérence, de quelque nature qu’elle soit, dans ses affaires internes et souveraines. Avec nous, l’expression « laver son linge sale en privé » revêt ton son sens, et toute sa puissance. Nous appliquons, respectons et nous conformons à cette règle quelles que soient les circonstances, et les rapports de force.

Une source étrangère qui s’exprime, même quand elle le fait pour nous soutenir, s’ingère quand même dans nos affaires internes et souveraines. S’y pencher, l’écouter, et s’en faire l’écho, c’est ouvrir la boîte de pandore, permettre aux voix hostiles, ou qui ne disent pas ce que le pouvoir veut entendre, de s’exprimer aussi, de jouir de tous les droits, d’être reprises en écho, et d’être amplifiées via tous les médias, qu’ils soient publics ou privés.

Voilà pourquoi il aurait tellement mieux valu rester fidèle à ses convictions originelle, pour ne jamais avoir à se livrer à une gymnastique cérébrale que je ne souhaiterais à personne, même pas à mes pires ennemis. Bref, la manif d’hier, qui n’a pas drainé grande foule, continue de témoigner du rejet fondamental de l’Algérien moyen de tout ce qui vient du pouvoir. Le fait que cette manif ait démarré à partir de l’UGTA semble avoir suffi à en décourager plus d’un.

Le départ de Sidi Saïd, que la justice n’inquiète toujours pas, n’a pas suffi à effacer la réputation sulfureuse de cette organisation qui n’a de syndicaliste que le nom. Le pouvoir, même pour défendre une cause qui fait l’unanimité, n’a pas réussi à drainer les foules des grands jours. Ce triste constat peut suffire à prouver que les revendications du hirak n’ont pas toutes été satisfaites, que les symboles du système honni n’ont pas tous été chassés et que les décideurs se trouvent aujourd’hui dans une position particulièrement délicate.

La résolution du parlement européen, loin d’être contraignante, est avant tout l’émanation d’eurodéputés de l’extrême droite, des gens qui ne nous ont jamais, et n’ont jamais souhaité du bien pour nous, ou pour notre pays. Cette résolution, qui ne reflète absolument pas la position des gouvernements européens qui comptent, comme l’Allemagne ou bien la France, n’a pas moins cherché et trouvé une sorte de défaut dans la cuirasse algérienne.

Il existerait chez nous des détenus d’opinion, des citoyens qui croupissent en prison uniquement parce qu’ils ont brandi le drapeau amazigh, ou qui ont exprimé une opinion, mais sans jamais avoir appelé de quelque manière que ce soit à recourir à la violence. Cette dernière, au contraire, a été constatée auprès de certains détenus dont le traitement au niveau de certains commissariats a de quoi motiver pas mal de questionnements.

Le pouvoir ferait donc mieux d’agir et de réagir avec plus de souplesse face une population sublime de sagesse et de détermination. Cela couperait l’herbe sous les pieds des ennemis de la patrie, les priverait de leurs arguments usuels, et permettrait même, à terme, de renouer normalement et pacifiquement avec la voie constitutionnelle et électorale.

La Tribune des lecteurs, 1 déc 2019

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