Sahara occidental : Aminatou Haidar accuse l’Europe de « complicité » avec le Maroc

L’activiste, surnommée la « Gandhi du Sahara occidental », affirme que les Nations unies, l’Europe, en particulier la France et l’Espagne, ont une responsabilité pour « éviter la guerre » dans la région

Dans un entretien accordé à l’AFP, Aminatou Haidar, icône de la résistance pacifique à l’annexion par le Maroc du Sahara occidental, reproche à la communauté internationale de ne pas faire appliquer les résolutions de l’ONU et les décisions de justice en faveur du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.

« C’est à cause de la complicité de quelques puissances internationales », a-t-elle dénoncé, en ciblant principalement l’Espagne et la France. « Sans l’appui de l’Europe, le Maroc ne peut pas piller, exploiter les ressources naturelles. Il ne peut pas continuer aussi son occupation et nier toutes les résolutions du Conseil de sécurité. »

Cette militante sahraouie de 52 ans recevra mercredi à Stockholm l’un des prix les plus prestigieux dans le domaine des droits de l’homme – le prix Right Livelihood, souvent comparé au Prix Nobel pour les droits de l’homme, également décerné à trois autres candidats dont la jeune militante suédoise Greta Thunberg.

Elle avoue craindre que la jeunesse dans cette région disputée ait perdu l’espoir de parvenir à l’autodétermination par la non-violence et réclame une action internationale urgente pour empêcher le conflit latent de déboucher sur une guerre.

« La communauté internationale doit agir sans perdre de temps, parce que les jeunes n’ont plus de patience. Ils ne croient plus à la résistance pacifique », a-t-elle déclaré dans une interview à l’AFP à Genève la semaine dernière. « Ils n’y croient plus. Ils disent que la communauté internationale n’agit que dans les conflits où il y a du sang, là où il y a de la violence », a-t-elle déploré, ajoutant qu’ils « essaient de faire pression sur le Front Polisario pour qu’il reprenne les armes ».

Le 29 novembre, alors qu’elle se trouvait à Genève pour la première cérémonie officielle organisée par la Fondation Right Livelihood a déclaré dans un discours que « [son] crime et celui de tous [ses] compatriotes est d’être Sahraouis et de lutter pour [leurs] droits ».

Aminatour Haidar a évoqué la peine récente et illégale de six mois de prison prononcée contre la jeune militante sahraouie, Mahfouda Bamba Lefkir, et la condamnation à douze ans ans de prison contre le jeune Husein Bachir Brahim.

« Expulser les Sahraouis de leur travail, prononcer des peines injustes, transférer illégalement des Sahraouis sur le territoire marocain ou utiliser la diffamation à l’encontre de militants reconnus sont des méthodes qui sont devenues des pratiques normales du régime marocain », a-t-elle également dénoncé, ajoutant que « l’objectif du Maroc est de recourir à la peur pour démanteler et éliminer les organisations travaillant pacifiquement dans les zones occupées du Sahara occidental ».

Autonomie versus référendum d’autodétermination

Étendue désertique de 266 000 kilomètres carrés, riche en phosphates et bordée d’eaux poissonneuses, le Sahara occidental a été annexé par le Maroc en 1975, après le retrait de l’Espagne, puissance coloniale.

Ce coup de force a déclenché une guerre avec le Front Polisario, mouvement indépendantiste soutenu par l’Algérie qui a duré jusqu’au cessez-le-feu décrété en 1991.

L’ONU avait déployé une mission de casques bleus pour observer la trêve et préparer un référendum sur l’indépendance du territoire, qui n’a jamais pu être organisé.

L’ONU continue malgré tout de maintenir sur place 240 membres de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO).

Après une longue interruption, le dialogue sous l’égide de l’ONU entre le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie a repris lors d’une table ronde en Suisse en décembre 2018, suivie d’une deuxième en mars 2019, sans qu’aucune percée ne soit enregistrée.

Rabat, qui considère le Sahara occidental comme partie intégrante du royaume, propose comme solution une large autonomie sous sa souveraineté alors que le Polisario, soutenu par Alger, réclame un référendum d’autodétermination.

Mme Haidar, qui se dit fière d’être comparée à Gandhi, continue à prêcher la non-violence, malgré les mauvais traitements et les périodes d’emprisonnement qu’elles a connus depuis sa jeunesse.

À tout juste 20 ans, elle affirme avoir été détenue à l’isolement pendant quatre ans dans une prison secrète.

À nouveau emprisonnée en 2005 à la suite d’une manifestation violemment réprimée, elle avait été libérée un an plus tard grâce à la pression des États-Unis et autorisée à se rendre en Espagne.

Elle avait alors entamé une tournée en Europe, aux États-Unis et en Amérique latine, où elle s’était vue décerner plusieurs prix dans le domaine des droits de l’homme.

Mais en 2009, les autorités marocaines avaient refusé de la laisser revenir dans le royaume et l’avait déportée aux Canaries après lui avoir confisqué son passeport.

Elle avait alors observé une grève de la faim pendant un mois, largement médiatisée, qui avait contraint Rabat à l’autoriser à rentrer. En 2015, elle a présenté une demande de déchéance de nationalité aux autorités marocaines.

Middle Eats Eye, 3 déc 2019

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