Algérie : Makri dans la tourmente- Le MSP en proie à une dissidence

Abderrazak Makri a-t-il réellement une emprise, totale ou partielle, sur ses militants de base ? La question mérite d’être posée, dans la mesure où entre ses mises en garde contre tout soutien à un quelconque candidat et la réalité du terrain, beaucoup d’éléments ne sont pas conformes aux désirs du dirigeant islamiste.

L’option du boycott complet de la prochaine élection présidentielle, que le chef de file de la « confrérie » a adoptée, est en train d’être battue en brèche. En effet, de nombreux militants du MSP, particulièrement dans la région Est et Sud-est du pays, ont manifesté leur intention d’apporter leur soutien au candidat Abdelkader Bengrina.

A Sétif, à Batna, à Ouargla et à Constantine, pour ne citer que ces localités, qui sont considérées comme des fiefs traditionnels du mouvement des frères musulmans, les militants du MSP auraient même décidé de prendre part à la campagne électorale de celui qui se voit déjà comme le nouveau rassembleur des islamistes. Ils ont même été vus en train de coller des affiches à l’effigie de Bengrina sur les murs d’immeubles, situés dans des quartiers populaires, loin des endroits où ils étaient susceptibles d’être reconnus.

Ça ressemble à une opération clandestine, mais qui illustre parfaitement la confusion qui règne au sein de ce parti. S’agit-il d’actes isolés ou d’un mouvement de défiance, pour ne pas dire dissidence, qu’Abderrazak Makri ne serait plus en mesure de maitriser ?

En instruisant les responsables locaux du mouvement à « continuer à expliquer à la base militante la vision du parti et ses positions politiques, en mettant en relief le fait que le régime n’ait pas satisfait les revendications du changement », le chef du MSP développe délibérément un discours ambigu, dans une entreprise désespérée, dont le but est de dissimuler les véritables intentions d’un mouvement en perte de vitesse.

Si en apparence, le MSP donne l’impression de s’abstenir de donner des consignes de vote à ses militants, c’est tout simplement parce qu’à l’intérieur de cette nébuleuse, une lutte sans merci oppose les principaux dirigeants à propos du candidat à soutenir. Ceux qui sont restés fidèles à la ligne Abou Djerra Soltani, et ils sont nombreux, semblent avoir jeté leur dévolu sur Azzedine Mihoubi, le candidat RND.

Selon eux, c’est lui le candidat le mieux côté chez une partie du régime. C’est dire qu’au sein du MSP, les velléités entristes ne sont pas finies, comme le laisse entendre Abderrazak Makri.

En tout état de cause, la situation dans ce parti, même si elle est encore loin de l’implosion, elle montre toutefois des signes évidents de divisions. Ignoré par les tenants du pouvoir de fait, rejeté par le « Hirak » populaire, Abderrazak Makri peine à se relever, à défaut de garder la main haute sur les destinées de son mouvement.

Mohamed M.

L’Est Républicain, 1 déc 2019

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