Conseil de sécurité: l’Afrique centrale, une sous-région confrontée à des menaces multiples et parfois transnationales, selon le Représentant spécial

Venu présenter la situation en Afrique centrale, le Représentant spécial du Secrétaire général pour cette sous-région, M. François Louceny Fall, a fait état au Conseil de sécurité de crises à la fois politiques et sécuritaires diverses et parfois transnationales, notamment des affrontements meurtriers entre pasteurs et agriculteurs.

« La situation politique en Afrique centrale est restée instable et très tendue du fait des récentes élections, des problèmes liés à la sécurité et des difficultés rencontrées dans le domaine des droits de l’homme », indique le rapport du Secrétaire général, présenté par M. Fall, qui est aussi le chef du Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (BRENUAC).

Les affrontements meurtriers entre pasteurs et agriculteurs dans plusieurs pays continuent d’être une source de préoccupation et une menace à la sécurité et à l’intégration régionales, s’est-il alarmé. « Des tensions intercommunautaires récentes dans l’est du Tchad ainsi que les attaques commises le 21 mai dernier contre des villages en République centrafricaine soulignent l’urgence de parvenir à un règlement de la crise entre pastoralisme et transhumance », a exhorté le Représentant spécial.

Si l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) a continué, au cours de la période à l’examen, de se livrer à des pillages, et d’enlever des civils, notamment à des fins de travail forcé, les membres du Conseil se sont aussi inquiétés de l’intensification des attaques de Boko Haram au Tchad et au Cameroun depuis fin 2018, en dépit des efforts des pays affectés et de la Commission du bassin du lac Tchad.

Une situation qui impose, selon M. Fall, de renforcer la coopération et de mieux partager expériences et leçons apprises entre les pays concernés et la Force multinationale mixte, ainsi que de répondre aux besoins humanitaires et de s’attaquer aux causes profondes du conflit. Parmi celles-ci, les changements climatiques, qui exacerbent la paupérisation, une question soulevée par la Côte d’Ivoire et la République dominicaine. De manière plus générale, note le Secrétaire général dans son rapport, le réchauffement planétaire est « l’un des moteurs de l’évolution des dynamiques de transhumance, susceptibles de porter atteinte aux perspectives de développement, de paix et de sécurité ».

En République centrafricaine (RCA), l’application de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation, signé en février 2019, se heurte à plusieurs défis, qui ont soulevé la préoccupation de plusieurs membres du Conseil. La France a ainsi jugé nécessaire que les parties mettent en œuvre rapidement et de bonne foi cet Accord, en qualifiant d’« inacceptables » les violences récentes commises par le groupe armé 3R, pourtant signataire de ce document.

De son côté, le représentant ivoirien a noté avec inquiétude les « réticences » des groupes armés à traduire en « actes concrets » les engagements auxquels ils ont « librement souscrit ». Devant ces actes de violence « d’une extrême gravité », le délégué a vigoureusement plaidé aux côtés de la France pour la mise en œuvre intégrale de l’Accord politique, notamment dans ses dispositions relatives à la constitution des unités spéciales mixtes de sécurité, à la réalisation du Programme national de désarmement, démobilisation, réintégration et rapatriement, ainsi qu’au déploiement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.

La crise au Cameroun a également retenu l’attention des membres du Conseil, informés par le Représentant spécial que le Président du pays, M. Paul Biya, est prêt à s’engager dans un dialogue sur toutes les questions, sauf celles touchant à la « séparation » et à la « sécession ». La situation en matière de sécurité est demeurée très préoccupante dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest de ce pays, qui ont été le théâtre d’une nouvelle vague d’enlèvements et d’assassinats au début de 2019, précise le Secrétaire général dans son rapport.

Alors que les civils sont pris en tenaille entre groupes armés sécessionnistes et forces de défense et de sécurité nationales, le Cameroun compte désormais plus d’un demi-million de personnes déplacées, en plus des 30 000 réfugiés qui se trouvent au Nigéria. Simultanément, le Cameroun accueille 278 000 réfugiés en provenance de la RCA et 104 000 du Nigéria dans la région de l’Extrême-Nord, ce qui démontre la dimension transfrontalière des crises dans cette région.

Alors que la plupart des membres du Conseil de sécurité se sont émus de ces tensions et de ces violences, la Chine a fait cependant observer que la situation au Cameroun « n’est pas inscrite à l’ordre du jour du Conseil » et qu’elle ne représenterait pas, selon elle, de menace à la paix et à la sécurité internationales.

À l’instar du Secrétaire général dans son rapport et de l’Afrique du Sud aujourd’hui, le Représentant spécial s’est félicité des efforts déployés par les autorités tchadiennes pour la tenue d’élections législatives avant la fin de l’année, appelant tous les acteurs à contribuer à l’organisation d’élections crédibles, inclusives et pacifiques dans les délais envisagés.

RÉGION DE L’AFRIQUE CENTRALE (S/2019/430)

Déclarations

M. FRANÇOIS LOUCENY FALL, Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afrique centrale et Chef du Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (BRENUAC), a indiqué que, au cours des derniers mois, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) avait accompli des progrès notables s’agissant de son processus de réformes qui devraient rendre cette organisation sous-régionale plus efficace en termes d’intégration, de prévention et de résolution des conflits, ainsi que de consolidation de la paix. Le BRENUAC reste prêt à fournir une assistance à cet égard, a indiqué le haut fonctionnaire. À ce jour, le Comité consultatif permanent des Nations Unies chargé des questions de sécurité en Afrique centrale demeure la principale plateforme de discussion des questions de paix et de sécurité pour les pays de la CEEAC, a rappelé M. Fall, en précisant qu’il arrivait tout juste de Kinshasa, où une réunion ministérielle a eu lieu à ce sujet. À cette occasion, ils ont pris note des efforts déployés par le Gouvernement du Cameroun pour trouver une solution durable à la crise dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest, en l’encourageant à poursuivre le dialogue à cette fin. Par ailleurs, a indiqué M. Fall, les affrontements meurtriers entre pasteurs et agriculteurs dans plusieurs pays continuent d’être une source de préoccupation et une menace à la sécurité et à l’intégration régionales. Des tensions intercommunautaires récentes dans l’est du Tchad ainsi que les attaques commises le 21 mai dernier contre des villages en République centrafricaine soulignent l’urgence de parvenir à un règlement de la crise entre pastoralisme et transhumance, a préconisé le Représentant spécial.

Boko Haram a intensifié ses attaques sur le Cameroun et le Tchad depuis fin 2018, tuant près d’une centaine de civils et de membres des forces de défense et de sécurité. Malgré les efforts louables des pays affectés et de la Commission du bassin du lac Tchad, le groupe terroriste représente toujours une menace sécuritaire pour l’Afrique centrale et au-delà. « Cette situation impose le renforcement de la coopération et un meilleur partage d’expériences et des leçons apprises entre les pays affectés et la Force multinationale mixte ainsi qu’une assistance internationale plus soutenue pour vaincre Boko Haram, répondre aux besoins humanitaires des populations concernées, et s’attaquer aux causes profondes du conflit », a dit M. Fall. Selon lui, la Stratégie régionale en faveur de la stabilisation, du redressement et de la résilience des zones du bassin du lac Tchad touchées par Boko Haram, adoptée en août 2018, est source d’espoir. Il a également noté que l’Armée de résistance du seigneur (LRA) constitue toujours une menace à la paix à la sécurité en Afrique centrale, en particulier en RCA et en RDC.

S’agissant du Cameroun, le Représentant spécial a noté que le 9 mai dernier, le Premier Ministre Joseph Dion Ngute a annoncé que le Président Paul Biya était prêt à s’engager dans le dialogue sur toutes les questions, sauf celles touchant à la « séparation » et à la « sécession », afin de trouver une solution durable à la crise. Considérant qu’il s’agissait d’un pas dans la bonne direction, M. Fall a noté que, dans une déclaration en date du 28 mai, le Gouvernement camerounais a rappelé les efforts qu’il a consentis jusqu’à présent pour gérer la situation humanitaire et pour engager le dialogue avec toutes les parties prenantes. Dans la même déclaration, il a souligné son engagement à coopérer avec les membres du Conseil des droits de l’homme, les autres États Membres, les organismes du système des Nations Unies et autres acteurs bilatéraux. « Il est également important de souligner que la recherche de solutions à la crise doit être guidée par le Gouvernement. J’encourage les autorités camerounaises à poursuivre leurs efforts de dialogue et à faire avancer le processus de décentralisation », a ajouté le haut fonctionnaire, en réitérant la disponibilité des Nations Unies à travailler avec le Cameroun dans cette tâche essentielle ainsi que d’autres, comme le désarmement, la démobilisation et la réintégration et la consolidation de la paix, à travers le Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix, entre autres sources de financement.

Malgré ces avancées positives, la situation dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest du Cameroun continue de se détériorer avec des affrontements fréquents entre les groupes armés sécessionnistes et les forces de défense et de sécurité nationales. Les civils demeurent les principales victimes du conflit, s’est alarmé le Chef du BRENUAC. « Plusieurs ont perdu leur vie tandis qu’environ 530 000 sont des déplacés internes dans les régions du nord-ouest, du sud-ouest et du Littoral, et plus de 30 000 ont trouvé refuge au Nigéria. Les populations affectées ont un besoin urgent d’assistance, alors que l’accès humanitaire dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest reste un défi à cause des problèmes de sécurité. En outre, le Cameroun a accueilli 278 000 réfugiés en provenance de la République centrafricaine et 104 000 du Nigéria dans la région de l’Extrême-Nord. Tout en saluant la fourniture d’aide humanitaire par le Gouvernement, le Représentant spécial a indiqué que seulement 13% du Plan de réponse humanitaire des Nations Unies a été financé à ce jour. « J’appelle les partenaires internationaux à envisager une aide financière. »

En République centrafricaine (RCA), même si la mise en œuvre de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation soulève plusieurs défis, cet Accord reste un instrument efficace pour contribuer à l’instauration d’une paix durable dans le pays. II est crucial que la sous-région et les États membres de la CEEAC jouent leur rôle en vue de la réussite de cet Accord. À cet effet, le Représentant spécial s’est réjoui de la réactivation de la Commission mixte entre le Cameroun et la RCA à Bangui, le mois dernier. « J’encourage la RCA et les autres États voisins à réactiver leurs commissions mixtes bilatérales, ce qui devrait faciliter les discussions sur la gestion des frontières et les défis sécuritaires communs. »

M. Fall a ensuite salué l’annonce du Fonds monétaire international (FMI), le 9 mai, indiquant qu’une mission du FMI a achevé les discussions avec la République du Congo et qu’elle est « parvenue à un accord, ad référendum, qui pourrait être soutenu par un programme au titre de la facilite élargie de crédit ». Cette évolution favorable intervient après deux années de négociations, a-t-il noté.

M. Fall s’est encore félicité des efforts des autorités tchadiennes pour la tenue d’élections législatives avant la fin de l’année, appelant tous les acteurs à contribuer à l’organisation d’élections crédibles, inclusives et pacifiques dans les délais envisagés. Face aux défis précités, le BRENUAC reste fermement attaché au renforcement des capacités régionales de prévention et gestion des crises et conflits, y compris en appuyant la CEEAC et ses États membres. « Nous sommes confiants que les conclusions de la revue stratégique du BRENUAC en cours contribueront à renforcer l’efficacité du Bureau et son rôle en tant qu’outil essentiel des Nations Unies pour la diplomatie préventive et la consolidation de la paix, en coopération étroite avec les entités des Nations Unies concernées », a conclu le Représentant spécial.

M. JONATHAN GUY ALLEN (Royaume-Uni) a souligné que la coopération à tous les niveaux est essentielle pour résoudre les problèmes de la région, comme le montre la signature de l’Accord de paix en République centrafricaine (RCA)qui résulte de la coopération entre l’ONU, les organisations régionales et les autorités nationales. Le représentant s’est ensuite inquiété de la détérioration de la situation humanitaire au Cameroun qui, a-t-il relevé, approche du niveau de crise. Il a dénoncé les exactions des groupes armés et les entraves à l’acheminement de l’aide humanitaire. Le représentant a averti du « risque réel d’une crise de longue durée au Cameroun qui pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour la région ». Il a insisté sur le rôle des partenaires africains pour trouver une issue à la crise, pour ensuite appeler les autorités à instaurer un dialogue politique crédible et à mettre en œuvre des mesures concrètes sur le terrain. Il a aussi constaté que la région est marquée par un « rétrécissement de l’espace accordé à l’opposition, à la société civile et aux médias », entres autres.

Le délégué s’est aussi soucié de la situation dans le bassin du lac Tchad du fait des actions de Boko Haram et de l’État islamique et a appelé à redoubler d’efforts pour faire face à cette crise. Le Royaume-Uni est également préoccupé par l’épidémie d’Ebola qui sévit en République démocratique du Congo (RDC) et salue la nomination d’un coordonnateur des Nations Unies en la matière.

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a constaté que la situation sécuritaire dans la région demeure fragile et a salué les évolutions positives enregistrées pour consolider la gouvernance démocratique, notant que les processus électoraux sont un important facteur de stabilité en Afrique centrale. Elle a souligné que cette consolidation doit tenir compte de l’expérience et des compétences des femmes. Elle a aussi appelé les autorités des pays de la région à continuer de renforcer la confiance et à faciliter la tenue d’un dialogue inclusif pour favoriser l’émergence d’un environnement politique stable et constructif. La représentante a ensuite condamné les actes de violence commis par des groupes armés dans la région du bassin du lac Tchad, en République centrafricaine (RCA) et en République démocratique du Congo (RDC).

La représentante s’est plus particulièrement inquiétée de la situation au Cameroun et au Burundi et a appelé les autorités de ces deux pays à prendre des mesures immédiates pour prévenir tout abus ou violation des droits de l’homme. Elle a également engagé le Gouvernement camerounais à autoriser le Haut-Commissariat aux droits de l’homme à mener une mission sur place.

Mme ANNE GUEGUEN (France) a commencé par revenir sur la situation en République centrafricaine (RCA), jugeant nécessaire que les parties mettent en œuvre rapidement et de bonne foi l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine, signé le 6 février dernier à Bangui. Ainsi, les violences récentes commises par le groupe 3R dans la région de Paoua sont « particulièrement inacceptables ». Selon la représentante, la priorité doit aller à l’arrêt des violences commises par les groupes, à leur désarmement et à leur démobilisation, ainsi qu’à la restauration progressive de l’autorité de l’État sur tout le territoire. Le Gouvernement doit également lancer la procédure d’adoption d’une loi sur la décentralisation et la mise en place de la Commission vérité, justice, réconciliation et réparation.

« Nous sommes très préoccupés par la dégradation de la situation dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest du Cameroun, a poursuivi Mme Gueguen. « Nous poursuivons nos efforts pour encourager les autorités camerounaises à lancer un dialogue politique inclusif, à mettre en œuvre des mesures de détente, et à approfondir la décentralisation. » Elle a appelé également l’ensemble des acteurs à cesser les violences, à assurer la restauration de l’état de droit, et à respecter l’intégrité territoriale du Cameroun « qui ne peut être remise en cause ». La France estime à ce titre que « des messages similaires passés par l’Union africaine et la région seraient utiles ». S’agissant ensuite de Boko Haram, la France, a assuré Mme Gueguen, continuera d’accompagner la force multinationale mixte dans sa lutte contre le terrorisme. Outre le rétablissement de la sécurité, la réintégration des anciens combattants, la réconciliation et les activités de protection des femmes et des jeunes revêtent un caractère essentiel.

M. KACOU HOUADJA LÉON ADOM (Côte d’Ivoire) a noté avec satisfaction l’organisation, dans des environnements globalement apaisés, d’élections dans plusieurs pays d’Afrique centrale, ainsi que la signature, le 6 février dernier, de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine (RCA). Mais, il a noté aussi avec inquiétude les réticences des groupes armés à traduire en actes concrets les engagements auxquels ils ont librement souscrit, condamnant les violences qu’ils ont perpétrées dans le nord-ouest de la RCA ces dernières semaines. Devant ces faits « d’une extrême gravité », la protection des civils apparaît comme une urgence absolue, a estimé le représentant, qui a plaidé pour une mise en œuvre intégrale de l’Accord de paix, notamment dans ses dispositions relatives à la constitution des unités spéciales mixtes de sécurité, à la réalisation du Programme national de désarmement, démobilisation, réintégration et rapatriement, ainsi qu’au déploiement de l’autorité de l’État sur toute l’étendue du territoire national.

La Côte d’Ivoire a ensuite relayé les préoccupations du Conseil sur la situation sécuritaire et humanitaire dans le bassin du lac Tchad où sévissent les groupes armés terroristes tels que Boko Haram et des réseaux criminels transfrontaliers. Elle reste persuadée que l’approche sécuritaire portée par les États de la région doit être soutenue par des efforts de développement économique et social et de lutte contre les effets des changements climatiques. « Mon pays est d’avis que les effets des changements climatiques sont source de violences intercommunautaires et de conflits récurrents entre éleveurs et paysans », a ajouté M. Adom.

M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique) a estimé que ce dernier rapport démontre à quel point certains défis et menaces sécuritaires, en raison de leur caractère transfrontalier, rendent l’analyse régionale nécessaire, citant notamment la problématique de groupes armés comme l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) et Boko Haram. Il s’est inquiété de la situation au Cameroun et a appelé à faire prévaloir le dialogue, à garantir l’accès humanitaire et à respecter le droit international humanitaire. Vu la nature « holistique » de la crise, a-t-il ajouté, nous devons tous y apporter une réponse, à la fois aux niveaux sous-régional, régional et de l’ONU, mais également aux niveaux des États Membres et des acteurs humanitaires, des groupes confessionnels ou appartenant à la société civile.

M. SHAOJUN YAO (Chine) a constaté que la région a été marquée par des progrès, citant notamment la signature de l’Accord de paix en République centrafricaine (RCA) et l’adoption d’une politique commune sur la migration par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), constatant toutefois que des facteurs liés à la maladie, entres autres, limitent les perspectives pour les pays d’Afrique centrale. Il a estimé que ceux-ci doivent régler leurs différends par le dialogue politique et appelé à lancer des efforts de médiation à cette fin. Il a aussi jugé nécessaire d’analyser l’impact, sur l’Afrique centrale, de la situation dans d’autres régions africaines.

La capacité des pays à régler leurs problèmes de manière autonome doit être appuyée, a ajouté le représentant, citant notamment le développement durable et la lutte contre les trafics d’armes. Il a salué les efforts déployés pour combattre l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) et appelé la communauté internationale à renforcer sa coopération avec les pays de la région. Des efforts s’imposent aussi pour combattre la piraterie dans le golfe de Guinée. Après avoir engagé l’ONU à jouer un rôle renforcé dans la région par l’intermédiaire du BRENUAC, le délégué a, par ailleurs, fait observer que « le Cameroun n’est pas inscrit à l’ordre du jour du Conseil de sécurité » et que « la situation qui prévaut dans ce pays ne représente pas une menace à la paix et à la sécurité internationales ».

Mme BERIOSKA ILUMINADA MORRISON GONZÁLEZ (République dominicaine) a salué la tenue des élections législatives au Tchad, le transfert de pouvoir pacifique en République démocratique du Congo (RDC) et la signature de l’Accord de paix en République centrafricaine (RCA). À cet égard, elle a demandé à tous les acteurs de respecter leurs engagements. La représentante a, cependant, regretté que la situation sécuritaire dans certaines parties de la région reste précaire du fait de l’activité de groupes armés, tels Boko Haram et l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), de conflits ethniques et de la violence intercommunautaire entre éleveurs et agriculteurs. Pour contrer les groupes armés, a fait valoir la déléguée, la communauté internationale doit accompagner des initiatives nationales et régionales, à travers un processus ouvert de dialogue et une stratégie renforcée dans le cadre du Fonds pour la consolidation de la paix et des programmes de désarmement, de démobilisation et de réintégration.

Dans cet esprit, la représentante s’est félicitée de la signature d’un mémorandum d’accord entre le Centre régional des Nations Unies pour la paix et le désarmement en Afrique et le Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (BRENUAC), avec le secrétariat de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), en vue d’appuyer l’application de la Convention de l’Afrique centrale pour le contrôle des armes légères et de petit calibre. Elle a également mis l’accent sur les effets des changements climatiques qui, combinés aux conséquences humanitaires de tant d’années de conflits, constituent un défi pour la région. Enfin, elle a exhorté les organisations régionales, notamment l’Union africaine, à intensifier leurs efforts en matière de médiation et de dialogue, en incluant la société civile.

M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud) a reconnu le rôle important que joue le Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (BRENUAC) dans la promotion de la paix et de la sécurité en Afrique centrale et s’est félicité de la signature de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine et de la formation d’un gouvernement inclusif dans ce pays. Il a appelé les parties centrafricaines à faire passer les intérêts de la population et du pays avant toutes autres considérations. En ce qui concerne la RDC, il a salué la tenue des élections dans une atmosphère relativement calme qui a résulté en un transfert de pouvoir pacifique. M. Matjila s’est, par ailleurs, inquiété de la tentative de coup d’État au Gabon en janvier. Il a exhorté le BRENUAC à maintenir son assistance aux pays de la région pour la conduite d’élections crédibles et inclusives. Il s’est dit encouragé par l’amélioration de la situation sécuritaire dans la région du Pool en RDC et par l’apaisement au Tchad après les tensions sociales. Pour ce qui est du Cameroun, il s’est dit inquiet de la détérioration de la situation humanitaire mais encouragé par les efforts des autorités pour stabiliser la situation.

Le représentant a également abordé le problème des attaques dans la région contre des civils par des groupes armés et des terroristes, ainsi que celui de la piraterie dans le golfe de Guinée, avant de se dire satisfait des efforts de lutte contre le trafic de flore et de faune par les autorités gabonaises et camerounaises. Sur le plan humanitaire, M. Matjila a exhorté les partenaires à poursuivre leur aide à la population dans le besoin et a demandé aux gouvernements de faciliter l’arrivée de l’aide. Sur les questions transversales, il a apprécié les efforts de l’ONU pour améliorer la cohérence et la coordination dans la région. Enfin, il a dit être inquiet de la menace posée par l’ Armée de résistance du Seigneur (LRA) en République centrafricaine et en RDC, réaffirmant la décision du Conseil de paix et de sécurité de l’UA du 20 septembre 2018 à cet égard.

M. CHRISTOPH HEUSGEN (Allemagne) a considéré que le Représentant spécial, M. Fall, est à bien des égards un « catalyseur » de l’action de l’ONU en Afrique centrale. Il a salué le rôle de coordination que joue le BRENUAC avec l’Union africaine. Le représentant a souhaité que l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine (RCA)dure, même s’il s’est déclaré inquiet des violences récentes qui le mettent à l’épreuve. S’agissant de la situation au Cameroun, le délégué s’est félicité de la tenue, la semaine dernière, d’une séance en formule Arria, qui a permis de faire le point sur la crise dans ce pays.

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a salué les efforts du BRENUAC pour rapprocher les positions des acteurs de différends processus de paix, citant notamment la signature de l’Accord de paix en République centrafricaine (RCA) et l’annonce de la libération des prisonniers politiques par le Président Tshisekedi en République démocratique du Congo (RDC). Le représentant s’est ensuite inquiété du conflit latent qui sévit dans le nord-ouest et le sud-ouest du Cameroun et a jugé fondamental que les acteurs humanitaires puissent bénéficier d’un accès complet à ces régions. Il a, par ailleurs, estimé que la crise au Burundi ne pourra être résolue que par l’intermédiaire d’un dialogue intraburundais. Plus généralement, le représentant a appelé à lutter contre le trafic d’espèces sauvages et de ressources naturelles, et à répondre à la situation dans les couloirs de transhumance ainsi que sur les voies maritimes. Il a condamné les attaques perpétrées par des groupes terroristes dans la région du bassin du lac Tchad.

M. NARCISO SIPACO RIBALA (Guinée équatoriale) a indiqué que son pays, en tant que membre de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), était reconnaissant à M. Fall pour son travail et notamment ses nombreux déplacements dans la sous-région. La Guinée équatoriale, a-t-il assuré, continuera d’appuyer le BRENUAC et de créer des synergies pour promouvoir la coopération bilatérale, tout en renforçant la coopération avec les organisations régionales et sous-régionales. Le représentant a salué les avancées enregistrées dans la région comme les élections pacifiques en RDC, saluant au passage la tenue de la réunion ministérielle du Comité consultatif permanent des Nations Unies chargé des questions de sécurité en Afrique centrale, du 27 au 31 mai à Kinshasa. Il a également cité les progrès accomplis en République centrafricaine ainsi que le retour à la normale au Burundi.

Le Gouvernement de la Guinée équatoriale a émis un communiqué le 8 janvier 2019 pour rejeter vivement la tentative de coup d’État à Libreville la veille, a rappelé le délégué. Concernant le Cameroun, il s’est inquiété de la situation humanitaire qui s’aggrave à cause de l’afflux de réfugiés venant de pays de la sous-région. Il a dès lors salué les mesures prises par les autorités camerounaises pour faire face à la situation humanitaire. Par ailleurs, le délégué a rappelé avec satisfaction l’objectif de « faire taire les armes en Afrique » d’ici à 2020. L’année 2020 sera également importante aux yeux de la délégation, car ce sera le vingt-cinquième anniversaire du Programme d’action de Beijing, un moment crucial donc pour l’agenda « femmes, pax et sécurité ». Avant de conclure, le représentant s’est inquiété du sort des nombreuses personnes déplacées dans la région et des activités déstabilisantes des groupes armés.

M. RODNEY M. HUNTER (États-Unis) s’est félicité des efforts de médiation déployés par le Représentant spécial, comme par exemple dans les régions du nord-ouest du sud-ouest au Cameroun, où des millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire. Il a dénoncé les agissements de groupes armés qui détournent l’aide humanitaire ou entravent l’accès aux populations dans le besoin. Le représentant s’est félicité du Plan d’assistance humanitaire lancé par le Gouvernement, avant de s’émouvoir des abus et des violations qui se multiplient au Cameroun, ainsi que des signalements d’exécutions extrajudiciaires. Il a, en outre, qualifié de « déplorable » le refus des autorités camerounaises d’admettre dans le pays un expert des droits de l’homme. La délégation américaine leur a demandé de respecter leurs obligations judiciaires en jugeant l’opposant Maurice Kamto ou en mettant fin à sa détention provisoire. Il a salué, en conclusion, la détermination des autorités camerounaises à engager un dialogue avec toutes les parties prenantes. Le délégué a souhaité qu’un examen stratégique des activités du BRENUAC soit conduit plus tard cette année.

M. ROLLIANSYAH SOEMIRAT (Indonésie) a appelé à tirer parti de l’élan positif enregistré dans la région depuis le début de l’année, citant notamment le transfert pacifique du pouvoir en République démocratique du Congo (RDC) et la signature de l’Accord de paix en République centrafricaine (RCA). Il faut, selon lui, s’attaquer aux racines des conflits. Soulignant qu’un processus électoral inclusif, authentique et crédible est essentiel pour la région, le représentant a appelé la communauté internationale à appuyer les efforts des gouvernements concernées pour renforcer la confiance. Il s’est ensuite inquiété de l’impact des actes de violence commis par l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) et Boko Haram. En conclusion, il a insisté sur l’importance d’établir un partenariat entre les organisations régionales et sous-régionales en collaboration avec l’ONU.

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a déclaré que les forces africaines doivent être elles-mêmes à la tête des efforts en vue de sécuriser leurs propres pays, avec le soutien de la communauté internationale. Il a souligné que des succès considérables avaient été accomplis contre Boko Haram, qui reste cependant capable de mener des attaques meurtrières, notamment au Tchad. Le représentant a jugé préoccupante l’arrivée d’ex-combattants de l’État islamique dans les rangs de cette organisation terroriste. La Fédération de Russie a assuré qu’elle continuerait d’accompagner les efforts en vue de mettre en œuvre l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine (RCA). La délégation a ensuite rappelé que l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) continue de poser des problèmes. Enfin, son représentant s’est dit conscient des divisions qui prévalent au Cameroun, affirmant qu’elles doivent être réglées dans le cadre d’un dialogue interne entre toutes les parties prenantes.

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a pris note des faits recensés dans le dernier rapport du Secrétaire général, saluant notamment le premier transfert pacifique du pouvoir en République démocratique du Congo (RDC) et la signature de l’Accord de paix en République centrafricaine (RCA). Il a appelé au bon déroulement des scrutins prévus dans plusieurs pays, dont l’Angola. Il a appelé à renforcer la coopération entre les pays de la région et avec les organisations régionales et sous-régionales, afin de trouver des solutions aux crises qui frappent l’Afrique centrale, en particulier les actes de violence commis par Boko Haram. Le représentant s’est aussi inquiété de la situation humanitaire dans la région et de l’impact de l’épidémie d’Ebola en RDC. Enfin, il a appuyé l’intégrité territoriale du Cameroun et la non-ingérence dans ce pays.

Source : UN Press, 4 juin 2019

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