Maroc : le départ de Bouteflika ne changera pas la position de l’Algérie sur le Sahara Occidental (document confidentiel)

Selon un document de la diplomatie marocaine, la position de l’Algérie par rapport au conflit du Sahara Occidental est une question de principes inhérents à la politique étrangère algérienne. Dans le lexique du Makhzen, cela donnerait :« la position algérienne vis-à-vis du Sahara et au vu des profils des candidats, devrait généralement s’inscrire dans la continuité de celle adoptée par Bouteflika ; le différend préfabriqué autour de ladite question étant inhérent à la politique étrangère algérienne ». Dans le document confidentiel dévoilé par le hacker Chris Coleman, le ministère des affaires étrangères marocain décrit sa vision des élections algériennes de 2014.

Texte intégral du document :

Note

Algérie – élection présidentielle avril 2014

I/Les Faits : un boycott de la présidentielle

Le principal parti islamiste, MSP, qui faisait partie de l’alliance présidentielle jusqu’au début 2012, a annoncé le 25 janvier 2014 qu’il boycottait l’élection présidentielle, prévue le 17 avril 2014. Ledit boycott a pour but de faire pression sur les autorités algériennes notamment suite à l’annonce d’Abdelaziz Bouteflika de briguer un quatrième mandat.

II/Les raisons du boycott du MSP : le monopole du pouvoir, des conditions anti-démocratiques

Son leader, Abderrezak Mokri, a déploré l’absence de véritables opportunités pour une réforme politique.

Le MSP a invoqué le monopole du pouvoir actuel sur le scrutin présidentiel : « Il n’y a pas d’espace sain pour que le scrutin se déroule dans de bonnes conditions ».

Le MSP a également « critiqué la persistance du pouvoir en place à adopter la politique de l’ambiguïté ».

Le président du MSP a ainsi dénoncé “l’appropriation par le pouvoir en place des élections présidentielles et le rejet des revendications de la classe politique, qui a appelé à l’instauration des conditions de transparence et d’honnêteté conformément aux normes internationales”. En effet, le parti avait essuyé un refus des autorités quant à la demande de la mise en place d’une commission indépendante d’organisation des élections.

Ledit parti a évoqué “la violation délibérée de la volonté du peuple à choisir librement celui qui le représentera et le gouvernera”.

Les décideurs dudit parti ont également dénoncé les réformes entreprises par le gouvernement comme étant insuffisantes.

Une vulnérabilité économique qui se pérennise : Le MSP a également noté, « la poursuite de la vulnérabilité de l’économie nationale face aux perturbations qui marquent les marchés internationaux », ce qui, « est à l’origine de la dégradation du pouvoir d’achat du citoyen, en dépit de l’augmentation des salaires ».

Soulignons qu’un positionnement en dehors du pouvoir, permettrait au MSP de devenir un moteur de l’opposition.

III/Des élections teintées d’incertitude et qui s’annoncent controversées : une absence de crédibilité et de légitimité en perspective

Il n’existe pas de consensus politique autour de la candidature de Bouteflika malgré les aspects liés à son état de santé et aux éventuels effets du Printemps arabe sur le système politique algérien.

En outre, le boycott du MSP, après celui du RCD est un deuxième coup dur.

Le FFS s’est également montrés très réticents face à une élection qu’il a qualifié de «fermée» et le RND a émis un appui nuancé.

Vers un boycott actif de la présidentielle : les militants du MSP et RCD se sont dit prêts à mener campagne contre le scrutin du 17 avril.

Aussi, au vu de l’ensemble des éléments précités (cf. II), la légitimité du scrutin, tant sur le plan national, qu’international, pourrait être mise à mal.

Les potentiels candidats : sept candidats « crédibles » ont postulé pour briguer la fonction présidentielle :

Candidat

Fonction

Louisa Hanoune, Secrétaire générale du Parti des travailleurs

Ahmed Benbitour, Ancien chef de gouvernement

Ali Benflis, Ancien Premier Ministre

Ali Benouari, Ex Ministre du Trésor

Yasmina Khadra, Écrivain / Ancien commandent des services de renseignements Algériens (DRS), notamment durant la décennie noire / Directeur du centre culturel algérien de Paris

Boukhelifa Mourad, Expert Management & Informatique

Rachid Nekkaz, Candidat de la Jeunesse et du Changement

Conclusion :

Le MSP, avait d’ores et déjà déclaré en décembre 2013 que l’Algérie courait « à la catastrophe si Bouteflika décrochait un quatrième mandat », mandat qui s’apparente davantage à une intronisation et une volonté coriace de prolonger la mainmise sur le pays.

Mais dans quelles conditions Bouteflika mènera-t-il son mandat? A t il les capacités physiques de diriger l’Algérie cinq années de plus ?

Risque que cette élection présidentielle précipite le pays dans une crise morale, politique et sociale.

Un avenir des plus incertain pour l’Algérie compte tenu de l’état dans lequel se trouve le pays : chômage et désespérance des jeunes, économie exsangue et dépendante des hydrocarbures, pauvreté croissante, corruption généralisée, sentiment de perte des valeurs, menaces aux frontières…

Or cette échéance, avec l’élection d’un nouveau président, pourrait être un tournant historique qui permette à l’Algérie de tourner la page de 15 ans d’immobilisme, de s’’engager sur la voie de l’effort et du redressement, en comptant sur la jeunesse (passer le relai à celle-ci). Elle pourrait constituer l’occasion de procéder à des changements fondamentaux dans le mode de gouvernance, dans les équilibres des pouvoirs institutionnels, et de consacrer la solidarité, les libertés, la démocratie et les droits de l’homme.

Pour ce qui est de la position algérienne vis-à-vis du Sahara et au vu des profils des candidats, elle devrait généralement s’inscrire dans la continuité de celle adoptée par Bouteflika ; le différend préfabriqué autour de ladite question étant inhérent à la politique étrangère algérienne.

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