Algérie  : 2018 marquée par le sceau de l’incertitude autour de la candidature de Bouteflika

L’année 2018 qui s’achève aujourd’hui aura été, sur le plan politique, marquée incontestablement du sceau de l’incertitude autour de la candidature ou pas du président de la République pour un cinquième mandat de suite.

M. Kebci – Alger (Le Soir) – Alors que sous d’autres cieux, où la pratique politique relève d’une culture avec ce qu’elle charrie comme éthique et valeurs démocratiques, la proximité d’un événement politique majeur de la taille d’une élection présidentielle suscite de larges débats aussi bien au sein de la classe politique que la société et les médias, chez nous, on en est réduit à attendre le candidat du pouvoir.

C’est ainsi que la candidature ou pas du président de la République à l’élection présidentielle, prévue constitutionnellement en avril prochain, a occupé et occupe l’essentiel de ce que l’on peut appeler débats publics. C’est à croire que le pays vit encore sous l’ère du parti unique, le pouvoir en place ayant réussi la prouesse de régenter la vie politique nationale à son rythme, réduisant, ainsi, le pluralisme ayant suivi le soulèvement d’Octobre 1988, à une simple façade.

A quatre mois du prochain scrutin présidentiel, seuls quatre candidats à la candidature ont été enregistrés. Il s’agit de Farhi Ghares, le coordinateur du MDS, de Ali Zaghdoud, président d’un micro-parti, le Rassemblement algérien de Nacer Boudiaf, le fils du défunt président du HCE (Haut Comité d’Etat), et enfin, de Abdelaziz Bélaïd, président du Front el Moustaqbel, parti qui ne cesse de créer surprise sur surprise, se classant en troisième position lors des élections locales du 3 novembre 2017, arrachant un groupe parlementaire à l’APN avec 14 députés, et avant-hier, faisant son entrée au Conseil de la Nation en faisant élire deux des élus locaux à l’occasion du renouvellement partiel des membres de la Chambre haute du Parlement.

Cette incertitude autour de la candidature ou pas de Abdelaziz Bouteflika à sa propre succession traduit on ne peut plus amplement «l’impasse», que d’aucuns qualifient «d’historique» dans laquelle s’est retrouvé le système en place. Certains observateurs et autres hommes politiques poussent l’analyse jusqu’à parler de «fin d’un cycle de gestion et de gouvernance». D’où la multiplication des scénarios des plus invraisemblables à même de permettre à ce pouvoir de se sortir du piège dans lequel il s’est mis.

Par «procuration» via ses relais au sein de son propre camp ou même parmi l’opposition, il multiplie les ballons de sonde quant à la meilleure formule qui lui permettrait de se pérenniser avec le minimum de dégâts possible.

Entre report de l’élection présidentielle, avec son corollaire, la prolongation du mandat présidentiel, ou encore la continuité, concept vague, une sorte de fourre-tout politique qui peut bien valoir une option et son exact contraire, le pouvoir se retrouve confronté à ses propres démons. Et le remue-ménage opéré, encore une fois, à la tête du FLN, avec le débarquement, en novembre dernier, de Djamel Ould-Abbès, dans des conditions qui tordent le cou à la légalité et l’éthique politique, un zélé partisan du 5e mandat qui, quelques jours auparavant, avait lui-même exécuté la même sale besogne contre le désormais ex-président de l’Assemblée populaire nationale (APN), ne sont que l’expression de cette impasse en haut lieu induite par la maladie puis la convalescence sans limites du président de la République. Ce que, selon l’opposition, a créé une «vacance du pouvoir» au plus haut sommet de l’Etat et le «déplacement» des centres de décision vers des espaces «extra-constitutionnels».

Et jusqu’à l’heure actuelle, aucun élément nouveau ne semble apporter quelque éclaircie quant à d’éventuels développements, tout le monde, membres de l’allégeance et opposition, guettant la couleur de la fumée qui sortira de la cheminée du haut lieu, à même de leur permettre, à leur tour, de se définir. Un flou et un suspense qui ne cessent de faire des victimes dans les deux camps. Ceux de l’allégeance multiplient les courts circuits et les peaux de banane entre eux alors que certains acteurs de l’opposition, complètement déboussolés, se fourvoient dans des «prédictions» avant de «rétropédaler» pour s’être fait taper, à chaque fois, sur les doigts.

Congrès sur congrès

L’année qui s’écoule a été aussi caractérisée par une cascade de congrès de partis. En effet, nombreux ont été les formations politiques à tenir leurs congrès nationaux, avec, il est vrai, le maintien de tous leurs chefs, ou presque.

A l’exception du FFS qui, à l’occasion d’un congrès extraordinaire en avril dernier, s’est débarrassé du fameux cabinet noir qui régentait jusque-là les affaires du doyen des partis de l’opposition et dont tout le monde parlait mais que personne n’a osé identifier jusqu’au jour de son démantèlement. Une rupture avec un ordre ancien qui ne semble pas de tout repos pour la nouvelle direction du FFS avec l’implication directe de la famille du défunt chef charismatique et figure historique du mouvement national, Hocine Aït-Ahmed aux côtés des «révoqués» au nom de l’assainissement démocratique promis par Ali Laskri et son équipe.

Il y a également le mouvement Nahda dont l’ex-secrétaire général Mohamed Dhouibi qui, sous la pression de ses contradicteurs, a préféré se retirer pour céder son poste au nom de l’alternance.

Pour le reste des partis, le FJD, le RCD, le MSP, Binaa, Front el Moustaqbel et, tout récemment, le PT, leurs congrès n’ont pas apporté beaucoup de changements, ni dans leurs organigrammes ni dans leurs personnels, avec la reconduction de leurs présidents. M. K.

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