Coopération antiterroriste au Maghreb: le Maroc au-delà de Marrakech (think tank australien)

Coopération antiterroriste au Maghreb: le Maroc au-delà de Marrakech
Sept ans après son dernier attentat terroriste majeur, la stratégie multiforme du Maroc pour lutter contre l’extrémisme islamiste semble porter ses fruits sur le plan de la sécurité, mais aux dépens des réformes libérales.

Le Maroc se trouve dans une région instable où le terrorisme islamiste est un problème persistant mais, avec l’aide de la communauté internationale, il semble avoir repris le contrôle de la situation et n’a pas eu d’attaque terroriste interne depuis avril 2011. Le royaume décrit la lutte contre l’extrémisme islamiste comme une guerre de idées qui peuvent être gagnées en prêchant un islam tolérant, modéré et non violent.

Avant cela, il y avait plusieurs attaques terroristes. En mai 2003, les kamikazes ont perpétré l’attentat terroriste le plus meurtrier de l’histoire du Maroc, à Casablanca – 45 personnes sont mortes, dont les 12 kamikazes venus du bidonville de Sidi Moumen. En 2007, plusieurs attentats-suicides à la bombe à Casablanca ont tué les auteurs et une autre personne. En avril 2011, 17 personnes ont été tuées à Marrakech lorsqu’une bombe dissimulée dans un sac a explosé au café Argana, un lieu touristique populaire. Parmi  les morts un groupe d’étudiants français.

Après l’attaque de Casablanca en 2003, le Maroc a mis en œuvre une stratégie de lutte contre le terrorisme basée sur un système à trois piliers: renforcement de la sécurité intérieure, lutte contre la pauvreté et réformes religieuses.

Il a également renforcé la coopération internationale en matière de sécurité.

L’assistance fournie par les États-Unis dans le cadre de son programme d’assistance antiterrorisme a permis au Maroc et à ses voisins de disposer de méthodologies communes pour lutter contre le terrorisme.

Depuis 2001, le Forum de la Méditerranée occidentale, également appelé «dialogue 5 + 5», est un groupe politique, économique et culturel informel composé de cinq pays de la région du Maghreb (y compris le Maroc) et de cinq du sud de l’Europe pour redresser les soucis communs du terrorisme.

En 2004, 14 pays de la région, dont le Maroc, ont créé le Groupe d’action financière sur les activités d’investissement au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, qui se concentre sur la menace que représentent les activités de financement du terrorisme dans la région.

En 2005, les États-Unis ont lancé le Partenariat transsaharien contre le terrorisme pour aider 11 pays d’Afrique de l’Ouest et du Nord (dont le Maroc) à lutter contre la radicalisation et à renforcer leurs capacités en matière de lutte contre le terrorisme.

Le Maroc n’a pris les devants dans aucune de ces initiatives de lutte contre le terrorisme, mais depuis 2011, il est devenu plus proactif.

Un exemple en est son implication dans le Forum mondial contre le terrorisme, un forum international de 30 États membres, dont l’Australie, créé en 2001. Le Maroc est un membre fondateur et est devenu en 2016 le coprésident du comité de coordination du forum.

En 2013, le Maroc et les États-Unis ont annoncé l’Initiative visant à promouvoir les réseaux de coopération entre le secteur de la justice et les autres agents de la force publique dans les régions du Sahel et du Maghreb, dans le but de faciliter les enquêtes transfrontalières.

Le Maroc et les États-Unis ont également promu l’Initiative sur la sécurité des frontières, adoptée en 2016 par le Forum mondial contre le terrorisme et le Centre de lutte contre le terrorisme des Nations Unies, afin de sécuriser les frontières nationales poreuses grâce à la coopération transfrontalière.

Le Maroc et l’Algérie sont les pays les plus influents du Maghreb, mais leur différend frontalier en cours a parfois été un obstacle à la coopération régionale en matière de lutte contre le terrorisme.

Le conflit en Syrie et en Irak a également eu des répercussions importantes pour le Maroc. Entre 2014 et 2016, quelque 1600 jeunes hommes et femmes marocains ont rejoint l’État islamique en Syrie. Le retour d’extrémistes vétérans continue de poser un problème de sécurité majeur.

En réponse au défi des États islamiques, le Maroc a adopté trois grandes mesures nationales de lutte contre le terrorisme.

La première était une approche des «affaires intérieures» en matière de sécurité. En octobre 2014, le ministère de l’Intérieur a lancé l’opération Hadar («vigilance» en arabe), exigeant que les forces de sécurité collaborent pour lutter contre le terrorisme. Cela a eu pour effet de renforcer la sécurité dans les aéroports, les gares et les postes frontières.

La deuxième mesure visait à renforcer le système juridique. En 2015, le parlement marocain a modifié les lois antiterroristes du pays afin de criminaliser toute une série d’activités liées au terrorisme, notamment les voyages en Syrie.

La troisième mesure a été la création du Bureau central d’investigation judiciaire en tant qu’organisme chef de file de la lutte antiterroriste au Maroc. Depuis 2015, il est à l’origine de nombreuses arrestations liées au terrorisme et est réputé avoir permis d’empêcher plusieurs attaques terroristes au Maroc.

Les pays européens ont également travaillé en étroite collaboration avec le Maroc, en fournissant une formation et du matériel de lutte contre le terrorisme, et en menant des opérations conjointes avec les forces de sécurité marocaines.

Le Maroc serait un partenaire de sécurité capable de surveiller de près sa population et de contrôler ses activités religieuses. Mais pour ce faire, il s’appuie sur un système politique et de sécurité répressif. On pense que le puissant service de sécurité marocain, la Direction générale de la surveillance territoriale, enlève et torture des « ennemis » du régime, y compris des militants politiques, des terroristes présumés et des dissidents séparatistes. Le Maroc continue de résister aux appels extérieurs à la réforme libérale.

L’Australie a maintenant une ambassade dans la capitale, Rabat. L’ancienne ministre des Affaires étrangères, Julie Bishop, a annoncé l’ouverture de l’ambassade le 16 novembre 2016, décrivant le Maroc comme «un ajout important au réseau diplomatique australien en Afrique».

Bien que l’Australie participe aux forums internationaux de lutte contre le terrorisme avec le Maroc, en raison de sa distance par rapport à notre région, nous n’avons aucune relation bilatérale de lutte contre le terrorisme avec le Maroc – et nous n’avons aucune implication officielle dans la lutte contre le terrorisme au Maghreb.

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